P’tit Pierre la reconduisit sur la route et ils cheminèrent côte à côte, sans se toucher. Dans le premier moment de solitude, ils redevinrent timides vis-à-vis l’un de l’autre, comme jadis, parce qu’ils sentaient changée leur situation respective. Ils avaient l’impression de n’être plus les mêmes et qu’une nouvelle connaissance était à faire.
Pourtant, devant sa porte, Cécile se jeta au cou de P’tit Pierre qui l’étreignit et la baisa aux lèvres longuement, sans rien dire. Il rentra tout ému, le sang chaud; et comme la mère Bernard, qui l’attendait, s’exclama:
—Elle est gentille, ça te f’ra une bonne femme!
Il pensa qu’elle avait raison, de toute la force de son désir.
Quelques semaines plus tard, le père Bernard annonçait en même temps au village deux grosses nouvelles: le mariage de P’tit Pierre et l’embarquement de Florent sur les sous-marins.
On attendait la première; elle ne surprit personne. Il fallait bien que ça finit ainsi avant ou après la mise à mal de Cécile. Mais la seconde fut un événement.
De tous les gars du pays, Florent était le premier embarqué sur ces bateaux merveilleux que quelques-uns avaient vu glisser à fleur d’eau dans les rades paisibles. Le fait excita de la curiosité et de la fierté ensemble. Les connaisseurs discoururent abondamment parmi les groupes où les vieux apportent un front méditatif et les jeunes des yeux clairs d’enthousiasme.
Le brigadier fut très entouré. Il tenait ses assises chez Zacharie, au milieu de la grande table autour de laquelle les pêcheurs se tassaient coude à coude. Il ne connaissait point de sous-marin, mais il en parlait avec l’autorité que lui conférait sa paternité et en homme qui marche avec son temps, sans s’étonner. Déjà il avait préconisé les moteurs à pétrole et certains casiers en fer, pour la crevette, que la marine avait tenté d’importer sur les côtes et qui, malheureusement, ne pêchèrent point. Et, ce faisant, il avait conscience d’être supérieur et de servir son pays.
Maintenant il se répandait en explications sur les bateaux sous-marins:
—C’est comme qui dirait un poisson qui serait raide, un thon, quoi, avec une machine dans le ventre. Y a des pompes qui remplissent les cales d’eau pour qu’il descende, ou ben qui les vident pour qu’il remonte. Et puis le commandant voit la mer, à la surface, pour se diriger, par une lunette qu’est au bout d’un mât creux...