Mais au retour chez lui, devant sa bonne femme, tassée d’inquiétude, qui ne sait pas, mais qui se doute, il retombait de son haut à la simple douleur des mères et réentendait le cri tragique de la nature, par-dessus la clameur de la patrie reconnaissante. Toujours pas de nouvelles, P’tit Pierre n’avait même pas signalé son arrivée, ni à eux, ni à Cécile.

Ils attendaient.

L’automne hâtif chargeait la nue, rongeait les jours qui s’éteignaient maintenant en des crépuscules rouges au lieu de se prolonger en clair-obscur comme à l’été, longtemps après la chute du soleil. La mer et le vent s’alourdissaient, et les goélands tournoyaient sur le marais en criant comme des enfants.

Les barques poursuivaient les dernières sardines, pêchaient le maquereau, le thon, malgré les brouillards d’arrière-saison qui réveillent la cloche lugubre, le soir, au bout de la jetée. Les rhumatismes remontaient aux articulations de Clémotte dans les temps humides comme la salure sur les vareuses. Hourtin se cassait, mais sans perdre la mémoire de ses aventures qu’il contait aux jeunes gars en buvant la goutte.

Les veillées allongeaient les stations au cabaret. On parlait du Pluviôse, on lisait la feuille; Zacharie donnait des nouvelles du brigadier:

—Son gars qu’a seulement point écrit!

—Lui s’rait-il point arrivé malheur aussi, dit Perchais.

—On sait point, insinua Cul-Cassé, mais qui dit qu’il aurait point trouvé à s’embarquer!

Tout le monde protesta:

—La veille de son mariage!... Il ’tait trop amoureux!... Et qu’la Cécile le tenait bien!...