—Moi! un collier comme çui à la fille à Zacharie, en perles de toutes les couleurs qui brillent.
—On trouve ça à la ville?
—Je pense ben...
Ils entendirent soudain le vieux Piron qui vociférait et jurait derrière la maison parmi des cris de femme. La mère appela:
—Jean-Baptiste! Jean-Baptiste!
Mais las des scènes, il haussa les épaules et se déroba sans que sa sœur, qui espérait un cadeau, le retînt. Elle gémit seulement:
—Encore saoul! Je vas toujours sauver mon gosse...
Les voix de la dispute, des bruits de coups sauvages le poursuivirent un moment sur la route. Jean-Baptiste se hâtait en palpant le gros porte-monnaie à fermoir de cuivre qui bossuait son pantalon sur la cuisse. Au bout du marais, la ville surgissait dans un éclat blanc, chaque fois qu’un nuage démasquait le soleil, puis l’ombre à nouveau rasait la plaine grise. Jean-Baptiste marchait fièrement, la casquette en arrière, les bras lancés: il allait acheter un collier pour la Gaude! Et il avait envie de le crier aux champs, comme on proclame une victoire.
A Noirmoutier il visita les amis, et parce que les hommes ne peuvent se voit, ni causer, sans boire, il trinqua chez Beaulieu, chez Malchaussé le charpentier de la place d’Armes et chez les Goustan. Puis, tous ensemble, ils prirent «la dernière» au cabaret de la mère Cônard où Jean-Baptiste s’enferma dans une joie intérieure en songeant à cette gifle qu’il reçut de la Gaude, ici même, au temps où il avait le béret de l’Etat au nom glorieux de Marseillaise.
Il rentra tard par les bossis, le sang chaud, la tête légère; et quand, à la croix de la Ménissière, il rencontra sa mère, chargée de hardes, et la Louise qui portait son petit dans un tablier, il demeura pantois de surprise.