Ancien Nouveau
1 Segada 1 Regoia
2 Tigneni 2 Nichou
3 Asebe 3 Nichtoa
4 Honnaton 4 Rau
5 Oniscon 5 Apateta
6 Indaie 6 Coutouachin
7 Ayaga 7 Neouachin
8 Addegue 8 Nestouachin
9 Madellon 9 Pescouades
10 Assem 10 Metren
Les Souriquois disent Les Etechemins.
1 Negout 1 Bechkon
2 Tabo 2 Nich'
3 Chicht 3 Nach'
4 Neois 4 Ïau
5 Nan 5 Prenchk
6 Kamachin 6 Chachit
7 Eroeguenik 7 Coutachit
8 Meguemorchin 8 Erouïguen
9 Echkonadek 9 Pechcoquem
10 Metren 10 Peiock

Pour la conformité des langues, il se trouve quelquefois des mots de deça, qui signifient quelque chose pardela, comme Jean de Leri dit que Leri signifie une huitre, au Bresil: & au païs des Souriquois Marchin signifie un loup, qui est le nom d'un Capitaine Armouchiquois: mais de mots qui se rapportent en méme signification il s'en trouve peu. En l'histoire Orientale de Maffeus j'ay leu Sagamos en la méme signification que le prennent noz Souriquois, pou dire Roy, Duc, Capitaine. Ce que considerant quelquefois, il m'est venu en la pensée de croire que ce mot vient de la premiere antiquité: d'autant que (selon Berose) Noé fut appelé Saga, qui signifie Prétre & Pontife, pour avoir enseigné la Theologie, les ceremonies du service divin, & beaucoup de secrets des choses natureles aux scythes Armeniens (que les Autheurs cosmographes appellent Sages) léquelles étoient en depot par écrit és mains des Prétres. Et de ces peuples Sages peuvent étre sortis noz Tolosains, que les anciens appelloient Tectosages. Deu que le mot Saga ne s'éloignent point les Hebrieux, en la langue desquels [Hébreu] Sagan (selon Rabbi David) signifie Grand Prince, & quelquefois celui qui teint le premier lieu aprés le souverain Pontife. En quelques lieux d'Esaie & Jeremie ce mot est pris pour Magistrat, en la version ordinaire de la Bible: & neantmoins Santes Paninus, & autres, l'interpretent Prince.

Mais c'est assez philosopher là dessus: passons outre. Ceux qui ont eté en Guinée disent que Babougie signifie là un petit enfant, ou le faon d'un animal en la sorte que lédits Souriquois prennent ce mot. Ainsi en France nous avons plusieurs mots non tirez du Grec, mais que les Grecs ont pris de nous: comme de Moustache, vient [Grec: mysyx] & de ce que nous disons Boire à tire-larigot vient [Grec: laryglex, laryglos]: de Giboulée [Grec: gêbolê]: de Baller,[Grec: ballizein]: de Lance [Grec: lagkê]: de Botines [Grec: biênga]: de Clapier [Grec: klapein]: de Tapis, [Grec: tapês]: De tapit contre terre, [Grec: tapeigoô]: de Baster [Grec: botsyzô]: de Pantoufle, [Grec pantophellos]: de Brasser [Grec: brazô]: de Chiquaner [Grec: Kichynein], songer quelque mechanceté pour tromper: de Colle, [Grec: kolla]: du mot Tolofain Trufer, c'est à dire mocquer, [Grec: enteuphaô], &c. Et les mots Grecs [parydeisos, bosphoros] viennent de l'Hebrieu [Pardes, & Bospharad].

Ils usent ainsi que les Grecs & Latins du mot Toy (Kir) en parlant à qui que ce soit: & n'est encore entre eux venu l'usage de parler à une persone par le nombre pluriel, ainsi que par reverence ont jadis fait les Hebrieux, & font aujourd'hui noz nations de l'Europe.

Quant à la cause du changement de langage en Canada, duquel nous avons parlé, j'estime que cela est venu d'une destruction de peuple. Car il y a quelques années que les Iroquois s'assemblerent jusques à huit mille hommes, & deffirent tous leurs ennemis, léquels ilz surprindrent dans leurs enclos. J'adjoute à ceci pour le changement du langage, le commerce qu'ilz font d'orenavant avec leurs pelleteries depuis que les François les vont querir: car au temps de Jacques Quartier on ne se soucioit point de Castors. Les chapeaux qu'on en fait ne sont en usage que depuis ce temps-là: non que l'invention soit nouvelle: car és vieilles panchartes des Chappeliers de Paris il est dit qu'ils feront des de fins Biévres (qui est le Castor) mais soit pour la cherté, ou autrement, l'usage en a eté long temps intermis.

Au regard de la prononciation, ils ont les mots fort faciles, & ne les tirent point du profond de la gorge comme font quelquefois les Hebrieux, & entre les nations d'aujourd'hui les Suisses, Allemans & autres: &ne prononcent aussi à l'ayde du né comme encore quelquefois lédits Hebrieux: ce qui me semble étre un avantage pour s'accommoder avec eux. Et pour exemple de ceci je proposeray quelques mots communs, léquels ilz prononcent comme je les ay ici écrits: où faut observer que les (ch) se prononcent non comme le X Grec, mais à la façon que nous disons chair, cheval, beche.

Homme, Metaboujou, ou Kessona
Femme, Meboujou
Mary, Tasetch'
Femme mariée, Nidroech, ou Roka
Pere, Nouchich'
Mere, Nekich'
Frere ainé, Necis
Frere germain, Skinetch'
Frere de ma femme, Nemacten
Frere ami, Nigmach'
Nevoeu, Neroux
Soeur, Nekich'
Fils, Nekouïs
Fille, Fetouch', ou Pecenemouch'
Enfant, Babougie
Feu, Bouktou
Fumée, Nedourouzi
Charbon, Ichau
Poudre, Pechau
Pierre, Khoudou
Eau, Chabaüan, ou Orenpesc
Terre, Megamingo
Montagne, Pamdenour
Ciel, Oüajek
Soleil, Achtek
Lune, Kinch' Kaminau
Etoile, Kercosetech'
Téte, Menougi
Cheveux, Mouzabon
Aureilles, Sekdoagan
Front, Tegoeja
Yeux, Nepeguigout
Sourcil, Nitkou
Né, Chich'kon
Bouche, Meton
Levre, Nekoui
Dent, Nebidre
Langue, Nirnou
Barbe, Nigidoin
Gorge, Chidon
Col, Chitagan
Bras, Pisquechan
Mains, Mepeden
Doigts, Troeguen
Ventre, Migedi
Nombril, Niri
Membre viril, Carcaris, ou Irtay
Celui de la femme, Match'
Testicules, Nerejou, ou Marjos.
Cul, Menogoy
Genoux, Cagiguen
Jambes, Mecat
Piez, Nechit.
Robbe, Achoan, ou Aton
Manche, Argeniguen
Chapeau, Agoscozon
Chemise, Atouray
Chausses, Mezibediazeguen
Bas de chausses, Piscagan, ou Pessagagan
Souliers, Mekezen
Lit, Enaxé
Aiguille, Mocouschis
Epingle, Mocouchich'
Alene, Mocous
Corde, ou fil' Ababich'
Croc, Noporo
Chauderon, Aoüan, ou Astikou
Bois, Kemouch', ou Makia
Ecorces, Bouoüac
Forét, Nibemk
Fueille, Nibir
Hache, Temieguen, ou Achetoutagan
Cabanne, Oüagoan
Pain, Caracona
Vin, Chabaüan saaket
Chair, ïoux
Graisse, Mimera
Blé, Cromcouch'
Beurre, Cacamo
Sel, Saraoé
Faim, Peskabaüan, ou Pech'ktemay, ou Keouigin.
Farine, Oabeeg
Pois, ïerraoué
Feves, Pichkageguin
Galette, Mouschcoucha
Cuisinier, Atoctegic
Arc, Tabi
Fleche, Pomio
Fer de fleche, Nachoutugan
Carquois, Pitrain
Arquebuze, Piscoué
Epée, Ech'pada
Capitaine, Sagmo, Hirmo
Prisonnier esclave, Kichtech'
Couteau, Hoüagan
Plat, ou Escuelle, Ouragan
Culiere, Nememekouën
Baton, Makia
Peigne, Arcoenet

J'ay voulu ici raporter ce que dessus, pour montrer la facilité de leur prononciation: & en eusse peu fair un plus long dictionaire si mon sujet l'eût permis. Mais cela suffira à mon intention. D'une chose veux-j'avertir mon lecteur, que quoy que j'aye cherché & demandé curieusement quelque regle pour la variation des noms & verbes de la langue de noz Sauvages, je n'en ay jamais rien peu apprendre. Item sera observé qu'ils ont en leur prononciation le (s) des Grecs au lieu de nôtre (u) & terminent volontiers les mots en (a) comme Souriquois, Souriquoa, Capitaine Capitaina: Normand, Normandia: Basque, Basquoa: une Martre, Martra, Banquet, Babaguia: &c. Mais il y a certaines lettres qu'ilz ne peuvent bien prononcer, sçavoir (v) consone, & (f) au lieu dequoy ilz mettent (b) & (p) comme Févre, Pebre. Et pour (Sauvage) ilz disent Chabaia, & s'appellent eux-mémes tels, ne sachans en quel sens nous avons ce mot. Et neantmoins ilz prononcent mieux le surplus de la langue Françoise que noz Gascons, léquels outre i'inversion de l'(u) en (b) & du (b) en (u) és troubles derniers étoient encore reconus & mal-menés en Provence par la pronunciation du mot Cabre, au lieu duquel ilz disoient Crabe,, ainsi que jadis les Ephrateens ayans perdu la bataille contres les Galaadites, pensans fuir étoient reconus au passage du Jordain par la prononciation du mot Schibboleth, qui signifie un épic, au lieu duquel ilz prononçoient Sibboleth (qui signifie le gay d'une riviere) demandans s'ilz pourroient bien passer. Les Grecs aussi avoient diverses prononciations d'un méme mot, pour ce qu'ils avoient quatre langues distinctes separées de la commune. Et en Plaute nous lisons que les Prænestin non gueres élognez de Rome Prononçoient Konia, au lieu de Ciconia. Mémes aujourd'hui les bonnes femmes de Paris disent encore mon Courin pour mon Cousin, & mon mazi, pour mon mari.

Or pour revenir à noz Sauvages, jaçoit que par le commerce plusieurs de noz François les entendent, neantmoins ils ont une langue particuliere qui est seulement à eux conue: ce qui me fait douter de ce que j'ay dit que la langue qui étoit en Canada au temps de Jacques quartier n'est plus en usage. Car pour s'accommoder à nous ilz nous parlent du langage qui nous est plus familier, auquel y a beaucoup du Basque entremelé: non point qu'ilz se soucient gueres d'apprendre noz langues: car il y en a quelquefois qui disent qu'ilz ne nous viennent point chercher: mais par longue hantise force de retenir quelque mot.

Ayans divers langages entre eux-mémes, & ces peuples étans tous divisez les uns des autres en ce regard, & peu curieux d'apprendre noz langues (qui neantmoins est un point bien necessaire) je continue au propos que j'ay dit ci-dessus, que pour les enseigner utilement & parvenir bien-tot à leur conversion, & les nourrir d'un laict qui ne leur soit point amer, il ne les faut surcharger de langues inconues, la Religion ne consistant point en cela. Et par ce moyen sera satisfait au desir de l'Apôtre sainct Paul, lequel écrivant aux Corinthiens, disoit, J'aime mieux prononcer en l'Eglise cinq paroles en mon intelligence afin que j'instruise aussi les autres, que dix mille paroles en langage inconu. Ce que saint Chrysostome interpretant: Il y en avoit déja anciennement (dit-il) plusieurs qui avoient le don de prier, & prioient certainement en langue persane, ou Romane, mais ilz n'entendoient pas ce qu'ils avoient dit. C'est une des bonnes parties de la Religion que la priere, en laquelle il est bien necessaire qu'on entende ce que l'on demande. Et ne puis penser que le peu de devotion qui se voit préque en toute l'Eglise, vienne d'ailleurs, que faute d'entendre ce que l'on prie: ce que si plusieurs personnes endurcies au vice comprenoient de l'intelligence aussi bien que des aureilles, je croy que la pluspart se fondroient en larmes bien souvent entendans le contenu soit aux Pseaumes de David, soit en leurs autres prieres. Non qu'il faille changer le service ordinaire de l'Eglise: Mais si en l'assemblée Ecclesiastique de Trente le Conseil de France a trouvé bon pour la generale union de l'Eglise, & consolation des ames, de demander entre autres choses quelques prieres & cantiques approuvez de nos Evéques & Docteurs, en langue vulgaire, & entendue, cela se peut à beaucoup meilleure raison accorder à ces pauvres Sauvages, déquels il faut chercher le salut sur toutes choses, & le chemin pour y bien-tot parvenir.