........squalent vestes, ac sordida macro
Lintea pinguescunt tergo, nec tangere possunt
Altatæ suram pelles, ac poplite nudo
Peronem pauper nudus sispendis equinum, &c.
Quant à ce qui est de l'habillement de téte nul des Sauvages n'en porte, si ce n'est que quelqu'un des premieres terres troquent les peaux contre des chapeaux ou bonnets avec les François: ains portent les cheveux battans sur les épaules tant hommes que femmes sas étre nouez, ny attachez, sinon que les hommes en lient un trousseau au sommet de la téte de la longueur de quatre doits, avec une bende de cuir: ce qu'ilz laissent pendre par derriere. Mais quant aux Armouchiquois & Floridiens, tant hommes que femmes ils ont les cheveux beaucoup plus longs, & leur pendent plus bas que la ceinture quand ils sont détortillez. Pour donc eviter l'empechement que cela leur apporteroit ilz les troussent comme noz pallefreniers font la queue d'un cheval, & y fichent les hommes quelque plume qui leur aggrée, & les femmes une aiguille à trois pointes commençant par l'unité à la façon des Dames de France, léquelles portent aussi leurs aiguilles qui leur servent en partie d'ornement de téte. Tous les anciens ont eu cette coutume d'aller à téte nue, & n'est venu l'usage des chapeaux que sur le tard. Le bel Absolon demeura pendu par sa chevelure à un chéne, aprés avoir perdu la bataille contre l'armée de son pere: & n'avoient en ce temps là la téte couverte, sinon quand ilz faisoient dueil pour quelque desastre, ainsi qu'il se peut remarquer par l'exemple de David, lequel ayant entendu la conspiration de son fils s'enfuit de Jerusalem & alla par le mont des oliviers montant & pleurant, & ayant la téte couverte, & tout le peuple qui étoit avec lui. Les Perses en faisoient de méme, comme se peut recuillir de l'histoire d'aman, lequel ayant eu commandement d'honorer celui qu'il vouloit faire pendre, assavoir Mardochée, s'en alla en sa maison pleurant, & la téte couverte: qui étoit chose extraordinaire. Les Romains à leur commencement faisoient le semblable, ainsi que je le collige par les mots qui portoient commandement au bourreau de faire sa charge, rapportez par Ciceron & Tite-Live en ces termes: Vade lictor, colliga manus, caput obnubito, arbori infelici suspendito. De fait Jules Cæsar ne portoit ni bonnet, ni chapeau, marchant toujours devant ses troupes à téte nue, soit au Soleil, soit à la pluie, ce dit Suetone. Et comme il fut devenu chauve il demanda au Senat permission de porter sur la téte un laurier. Voulons-nous rechercher noz peuples Occidentaux & Septentrionaux? nous trouverons que la pluspart portoient longue chevelure comme ceux que nous appellons Sauvages. Cela ne se peut nier des Gaullois trans-Alpins, léquels pour cette occasion donnerent le nom à la Gaulle chevelue; dequoy parlant martial, il dit:
...mollesque flagellant Colla comæ...
Noz Rois François en ont eté surnommez Chevelus, d'autant qu'ilz la portoient si grande qu'elle battoit jusques sur l'échine & les épaules si bien que Gregoire de Tours parlant de la chevelure du Roy Clovis il l'appelle Capillorum flagella. Les Gots faisoient tout de méme, & laissoient pendre sur les épaules des groz flocons frizez que les autheurs du temps appellent granos, laquelle façon de chevelure fut defendue aux Prétres, ensemble le vétement seculier en un Concile Gothique: & Jornandes en l'Histoire des Gots recite que le Roy Atalaric voulut que les Prétres portassent la tiare, ou chapeau, faisant deux sortes de peuple, les uns qu'il appeloit pileatos, les autres Capillatos, ce que ceux-ci prindrent à si grande faveur d'étre appellez chevelus, qu'ilz faisoient memoire de ce benefice en leurs chansons: & neantmoins ilz ne faisoient point d'entortillemens de cheveux. Mais je trouve par le témoignage de Tacite que les Schwabes nation d'Allemagne, les entortilloient, nouoient, & attachoient au sommet de la téte ainsi que nous avons dit des Souriquois & Armouchiquois. En une chose les Armouchiquois sont differens des Souriquois & autres Sauvages de la Terre-neuve, c'est qu'ilz s'arrachent le poin de devant, & sont à demi chauves, ce que ne font les autres. A rebours déquels Pline recite qu'à la cheute des monts Riphées étoit anciennement la region des Arymphéens, que nous appellons maintenant Moscovites, léquels se tenoient par les foréts, mais ils étoient tous tondus tant hommes que femmes & tenoient pour chose honteuse de porter des cheveux. Voila comme une méme façon de vivre est receue en un lieu & reprouvée en l'autre. Ce qui nous est assez familierement oculaire en beaucoup d'autres choses en noz regions de deça, où nous voyons des moeurs & façons de vivre tout diverses quelquefois sous un méme Prince.
CHAP. IX
De la forme, couleur, stature, dexterité des sauvages:
& incidemment des mouches Occidentales: &
pourquoy les Ameriquains ne sont
noirs, &c.