Aye doncques compassion
De tant de peuples qui perissent
Sans loix & sans Religion
Et de leur misere gemissent.
Si tu veux, grand Roy, tu les peux
Joindre avec nous en méme voeux,
Et faire de tous une Eglise,
Si ta bonté les favorise.
Mais si ton pouvoir souverain
Ne soutient un si grand affaire,
Mais si tu retires ta main,
Que est-ce qui le pourra faire?

EPOD.

C’est, mon Prince, c’est de toy
Qu’une antique destinée
A prononcé qu’un grand Roy
Seroit apres mainte année
Du vieil tige des François,
Que regiroit en justice
Par une saincte police
Conjointe aux divines loix
Les nations infideles
Qui sont encore en maints lieux,
Et par force les rebelles
Conduiroit dedans les cieux.

LESCARBOT


PRES que nous fumes arrivés au Port Royal en la Nouvelle-France le sieur du Pont de Honfleur, qui estoit parti dés le sezième de Juillet, desesperant qu’aucun navire deut arriver de France, pour ce que la saison desja se passoit, ayant rencontré par un grand heur quelques uns de nos gens (qui à la veuë de la terre du port de Campseau s’estoient mis dans une chalouppe, & venoient jusques audit Port Royal suivans la côte) parmi des iles, il tourna le cap à rebours, & nous vint trouver avec beaucoup de rejouïssance d’une part & d’autre. En fin au bout de trois semaines il nous laissa sa barque & une patache, & se mit avec quelques cinquante homme qu’il avoit, dans nôtre navire qui retournoit en France. Or avant son depart, pour lui dire Adieu je lui fis ces vers ici parmi le tintamarre d’un peuple contus qui marteloit de toutes parts pour faire ses logemens, lesquels vers furent depuis imprimez à la Rochelle.


ADIEU AUX FRANÇOIS

retournans de la Nouvelle-France
en la France Gaulloise.
Du 25 d’Aoust 1606.