Neptune ayant achevé, une trompete commence à éclater hautement & encourager les Tritons à faire de méme. Ce pendant le sieur de Poutrincourt tenoit son epée en main, laquelle il ne remit point au fourreau jusques à ce que les Tritons eurent prononcé comme s’ensuit.

PREMIER TRITON.

Tu peux (grand Sagamos) tu peux te dire heureux
Puis qu’un Dieu te promet favorable assistance
En l’affaire important que d’un coeur vigoureux
Hardi tu entreprens, forçant la violence
D’Æole, qui toujours inconstant & leger,
Tantot adesquidés (ami), tantot poussé d’envie,
Veut te precipiter, & les tiens au danger.
Neptune est un grand Dieu, qui cette jalousie
Fera comme fumee en l’air évanouïr:
Et nous ses postillons, malgré l’effort d’Æole,
Ferons toutes parts de ton courage ouïr
Le renom, qui des-ja en toutes terres vole.

DEUXIEME TRITON.

Si Jupiter est Roy és cieux
Pour gouverner ça bas les hommes,
Neptune aussi l’est en ces lieux
Pour méme effect; & nous qui sommes,
Ses suppos, avons grand desir
De voir le temps & la journée
Qu’ayes de tes travaux plaisir
Apres ta course terminée,
Afin qu’en ces côtes ici
Bien-tot retentisse la gloire
Du puissant Neptune: & qu’ainsi
Tu eternises ta memoire.

TROISIEME TRITON.

France, tu as occasion
De louer la devotion
De tes enfans dont le courage
Se montre plus grand en cet age
Qu’il ne fit onc és siecles vieux,
Estans ardemment curieux
De faire éclater tes louanges
Jusques aux peuples plus étranges,
Et graver ton los immortel
Méme souz ce monde mortel.
Ayde doncques & favorise
Une si louable entreprise,
Neptune s’offre à ton secours
Qui les tiens maintiendra toujours
Contre toute l’humaine force,
Si quelqu’un contre toy s’efforce.
Il ne faut jamais rejetter
Le bien qu’un Dieu nous veut preter.

QUATRIEME TRITON.

Celui qui point ne se hazarde
Montre qu’il a l’ame coüarde
Mais celui qui d’un brave coeur
Meprise des flots la fureur
Pour un sujet rempli de gloire
Fait à chacun aisément croire
Que de courage & de vertu,
Il est tout ceint & revetu,
Et qu’il ne veut que le silence
Tienne son nom en oubliance.
Ainsi ton nom (grand Sagamos)
Retentira dessus les flots
D’or-en-vant, quand dessus l’onde
Tu decouvres ce nouveau monde,
Et y plantes le nom François,
Et la Majesté de tes Rois.