CINQUIEME TRITON.

Un Gascon prononça ces vers à peu prés en sa langue.

Sabets aquo que volio diro,
Aqueste Neptune bieillart
L’autre jou faisio des bragart,
Et comme un bergalant se miro.
N’agaires que faisio l’amou,
Et baisavo une jeune hillo
Qu’ero plan polide & gentillo,
Et la cerquavo quadejou.
Bezets, ne vous fizets pas trop
En aquels gens de barbos grisos,
Car en aqueles entreprisos
Els ban lou trot & lou galop.

SIXIEME TRITON.

Vive HENRY le grand Roy des François
Qui maintenant fait vivre souz ses loix
Les nations de sa Nouvelle-France,
Et souz lequel nous avons esperance
De voir bien-tot Neptune reveré
Autant ici qu’onq’ il fut honoré
Par ses sujets sur le Gaullois rivage,
Et en tus lieux où le brave courage
De leur ayeuls jadis les a porté.
Neptune aussi fera de son côté
Que leurs neveux s’employans sans feintise
A l’ornement de leur belle entreprise
Tous leurs desseins il favorisera,
Et prosperer sur ses eaux il fera.


Cela fait, Neptune s’équarte un petit pour faire place à un canot, dans lequel estoient quatre Sauvages, qui s’approcherent apportans chacun un present audit sieur de Poutrincourt.

PREMIER SAUVAGE.

Le premier Sauvage offre un quartier d’Ellan ou Orignac, disant ainsi:

De la part des peuples sauvages
Qui environnent ces païs
Nous venons rendre les homages
Duez aux sacrées Fleur-de-lis
Es mains de toy, qui de ton Prince
Representes la Majesté,
Attendans que cette province
Faces florir en pieté,
En moeurs civils, & toute chose
Qui sert à l’établissement
De ce qui est beau, & repose
En un Royal gouvernement,
Sagamos, si en nos services
Tu as quelque devotion,
A toy en faisons sacrifices
Et à ta generation.
Noz moyens sont un peu de chasse
Que d’un coeur entier nous t’offrons,
Et vivre toujours en ta grace
C’est tout ce que nous desirons.