DEUXIEME SAUVAGE.
Le deuxiesme Sauvage tenant son arc & sa fleche en main, donne pour son present des peaux de Castors, disant:
Voici la main, l’arc, & la fleche
Qui ont fait la mortele breche
En l’animal de qui la peau
Pourra servir d’un bon manteau
(Grand Sagamos) à ta hautesse.
Reçoy donc de ma petitesse
Cette offrande qu’à ta grandeur
J’offre du meilleur de mon coeur.
TROISIEME SAUVAGE.
Le troisieme Sauvage offre des Matachiaz, c’est à dire, echarpes, & brasselets faits de la main de sa maitresse, disant:
Ce n’est seulement en France
Que commande Cupidon
Mais en la Nouvelle-France,
Comme entre vous, son brandon
S’allume; & de ses flammes
Il rotit noz pauvres ames,
Et fait planter le bourdon.
Ma maitresse ayant nouvelle
Que tu devois arriver,
M’a dit que pour l’amour d’elle
J’eusse à te venir trouver,
Et qu’offrande je te fisse
De ce petit exercice
Que sa main à sceu ouvrer.
Reçoy doncques d’allegresse
Ce present que je t’adresse
Tout rempli de gentillesse
Pour l’amour de ma maitresse
Qui est ores en detresse
Et n’aura point de liesse
Si d’une prompte vitesse
Je ne lui di la caresse
Que m’aura fait ta hautesse.
QUATRIEME SAUVAGE
Le quatrième Sauvage n’ayant heureusement chassé par les bois, se presente avec un harpon en main, & apres ses excuses faites, dit qui s’en va à la pèche.
SAGAMOS, pardonne moy
Si je viens en telle sorte,
Si me presentant à toy
Quelque present je n’apporte.
Fortune n’est pas toujours
Aux bons chasseurs favorables,
C’est pourquoy ayant recours
A un maitre plus traitable,
Apres avoir maintefois
Invoqué cette Fortune
Brossant par l’epée des bois,
Je m’en vay suivre Neptune,
Que Diane en ses foréts
Ceux qu’elle voudra caresse,
Je n’ay que trop de regrets
D’avoir perdu ma jeunesse
A la suivre par les vaux,
Avecque mille travaux,
Souz des esperances vaines.
Maintenant je m’en vay voir
Par cette côte marine
Si je pourray point avoir
Dequoy fournir ta cuisine:
Et cependant si tu as
Quelque part en ta chaloupe
Un peu de caradonas, (pain)
Fournis-en moy & ma troupe.