—Comment, adieu? Tu pars? Non?… Tu ne veux plus me voir?
—Dame! ma pauvre petite, est-ce possible maintenant, voyons? J'avais toute confiance en toi, je te savais meilleure que tes semblables, je t'aimais honnêtement. Mais tu viens de montrer si peu de tact, de me faire tant de peine… tiens, que je te quitte. Adieu, Adeline.
—Mais, Gilbert, ils me doivent de l'argent, ces d'Oinèche!
—Oui, oui… parfaitement. Réclame ce qu'on te doit, sans plus, c'est juste. Sois accommodante si tu le peux, ce sera charitable. Je n'ai rien à dire là-dessus. Mais tu me chagrines et tu me froisses durement, ma petite Adeline, toi que je croyais si intelligente, quand tu te sers de ces malheureuses lettres…»
Là-dessus il lui assure qu'elle ne ressemble pas aux autres demoiselles galantes, qu'elle a le cœur d'une très honnête femme, qu'il l'a bien devinée, et ne l'aima que pour cela. Il parle d'enfance, de première communion. Sa voix tremble; Adeline pleure.
«—Va, dit-elle au milieu de ses larmes, si tu savais comme je m'en moque de ces bêtes de lettres! Elles sont là, dans ce tiroir: tu peux les brûler.
—Non pas les brûler, Adeline. Mais donne-les moi—comme un gage d'amour.» Elle répondit tout bas: «Prends-les…» et se dorlota toute la journée dans les bras de son petit Gilbert, pour se récompenser de sa vertu.
L'effet fut prodigieux à Chantilly. Le comte d'Oinèche ayant reçu des propres mains de son neveu les précieux papiers, informa tout le monde de sa délivrance, et chacun de se dire: «Eh! mais il est fort, ce petit Gilbert!» On en fit même tant de contes en forêt que les piqueurs du département se mirent à saluer plus bas M. Gilbert, et les veneurs à l'entourer, et les maîtres d'équipage à lui faire coup sur coup les honneurs. On lui donna trois pieds dans la même semaine. De sorte que Mlle Dorillat-Marois ne put s'empêcher de lui dire: «Pourquoi ne venez-vous pas me rendre visite à Paris, M. de Lorizon?
—A votre jour, mademoiselle? Non, excusez-moi, je ne puis.
—Et pourquoi, s'il vous plaît?