—Je ne demande pas mieux… Faisons la preuve.

—Faisons? Qu'est-ce que cela veut dire?

—Qu'il est nécessaire pour cela que vous m'aidiez…»

Ce colloque avait lieu un jour qu'Herminie s'était dévouée charitablement à des parents de province. La malheureuse promenait une théorie de cousins et de cousines au château, tandis que Solange et ce roué de Rémy décidaient ainsi de son sort.

On pourrait cependant s'étonner que celui-ci se fût permis de tenir des propos si libres, touchant Herminie, devant Solange. Mais cet hypocrite vous avait une telle manière de baisser les yeux, il savait mettre tant de douceur dans sa voix, dans ses gestes, qu'on lui pardonnait, qu'on le laissait aller, aller… On n'en prenait pas d'ombrage: à la moindre résistance, il cédait; pour la moindre des choses, il rusait. Finalement, on faisait tout ce qu'il voulait.

Et puis l'heure et le lieu, en vérité, favorisaient les entreprises: Rémy et Solange s'étant joints par fortune au bout de la plus longue allée du parc, sous la feuillée, en pleine solitude, en plein silence, exposés à tous les dangers des parfums et de la tiédeur d'août:

«—Il n'y a qu'une seule tentation, ma petite Solange, poursuivit Rémy, à laquelle un cœur ne résiste point. Par curiosité, pour nous distraire, pour… l'amour de l'art, si vous voulez, ne souffrirez-vous pas que je la tente sur Herminie? Vous n'auriez qu'à trouver quelque prétexte, qu'à vous absenter et passer la journée d'après-demain, par exemple, à Paris. Puis vous me permettrez d'apprendre à votre sœur élue, ce jour-là, que vous n'avez pas toujours été franche avec elle, qu'il y a du nouveau, que vous l'avez trompée, que vous avez failli…

—Oh non, pas cela!

—Failli aux devoirs de l'amitié, d'une scrupuleuse amitié, voilà tout ce que je voulais dire, Solange.

—Comment aurais-je donc fait, selon vous?