—Je le connais.
Et Maxime se tut. Je savais par expérience qu'il était incapable de rien ajouter de plus jusqu'à ce que l'on eût sonné l'hallali, tué la bête et fait la curée. Ici principalement, en forêt de Chantilly, où il venait chasser pour la première fois, il ne fallait pas songer à le distraire une seule minute. Je n'insistai donc point. Et ce ne fut qu'en rentrant, après les dernières fanfares, après avoir revu plusieurs fois l'éleveur Courtehaie, après avoir considéré de nouveau ses chevaux splendides, observé son air à la fois calme, obstiné, sévère et doux, que je me risquai à demander:
—Donc, tu le connais, M. Courtehaie? Et d'où cela? Fréquenterais-tu les courses, à présent? Je croyais que tu n'y allais jamais!
—Oh! ce n'est point là, en effet, que j'ai pour la première fois entendu son nom, mais bien loin de Paris, et même de Chantilly…
Le soir allait venir. Déjà l'ombre naissait dans les broussailles et tombait des hautes branches. Fut-ce le solennel crépuscule d'hiver, fut-ce le silence des futaies, fut-ce la voix même de mon camarade Maxime, devenu tout à coup singulièrement grave, qui me fit paraître presque tragique ce simple récit?
—J'avais été convoqué au fin fond de la Lorraine, me dit-il, dans un régiment de cavalerie, pour mes vingt-huit jours. C'était au mois d'août. Bien. Arrive l'Assomption: quarante-huit heures de congé. Que faire? Rentrer dans Paris brûlant au cœur de l'été? Ma foi non. Un officier de qui j'étais connu voulait bien me prêter l'un de ses chevaux, une excellente et robuste jument de route: me voilà donc parti à travers le pays. J'avais tracé sur le papier un itinéraire, et fait envoyer une valise en un bourg où je comptais coucher.
Tout alla bien le matin que je quittai ma ville de garnison, au tout petit trot. Des fermes heureuses, des villages en fête, des paysans endimanchés, les cabarets remplis et bruyants sur mon chemin, je croyais errer à travers une immense kermesse. Mais bientôt j'entrai dans une forêt profonde, et tout changeait; je n'y avais pas chevauché depuis vingt minutes que trois gardes-chasse déjà m'y avaient considéré d'un œil soupçonneux, et lorsque j'eus après cela franchi par jeu un méchant fossé, un quatrième ne tardait pas à me demander de quel droit je venais ainsi de pénétrer sans permission sur les terres de M. Courtehaie.
Je lui répondis:
—J'ignorais. Je vais à X… N'est-ce point la route directe?
—Sans doute. Mais il vous faut traverser tout notre domaine. Si vous étiez du pays, je vous dresserais procès-verbal. Cependant, je vois à qui j'ai affaire. Je vais vous donner un laisser passer.