Et il me remit un petit carton. Un laisser-passer! Dans une forêt! J'en compris vite l'utilité d'ailleurs: il y avait des gardes partout. Chacun d'eux venait à moi, vérifiait mon carton.
—Suis-je toujours, demandai-je, chez M. Courtehaie?
—Oui, monsieur.
Et plus loin, étant sorti du bois pour m'aventurer à travers des terres incultes, des herbages déserts, des solitudes:
—Ces prairies, ces jachères, seraient-elles toujours à M. Courtehaie?
—Sans doute.
—Et cette route de sable à perte de vue?
—Egalement.
Je songeais au marquis de Carabas.
Cependant, quelle tristesse, quelle désolation! Pas un paysan, pas le moindre bétail, personne. Rien que les gardes. L'herbe était puissante, le terrain défoncé, les sentes recouvertes, les chemins barrés par des troncs d'arbres chus. J'arrivai devant un ancien pavillon, au bord d'une allée; il n'avait plus ni vitres, ni toit. A deux cents mètres de là, de vastes ruines s'étendaient, des poutres tombées les unes par dessus les autres, parmi lesquelles bondirent des centaines de lapins.