—Oh certes, répondit affectueusement celui-ci, et nous dînerons avec vous, monsieur l'abbé.

—Puis nous vous conduirons à la gare de Lyon, nous vous mettrons en wagon…

—Et nous reviendrons coucher ensuite chez notre tante Bussat…

—C'est cela!»

L'abbé, dans le plus grand trouble, balbutia: «Mes enfants, mes chers enfants, que vous êtes bons!… Mais votre projet me paraît bien soudain: madame Bussat ne saura peut-être où vous loger. En outre, elle n'est point prévenue.

—Notre tante Bussat nous donne toujours l'hospitalité quand nous allons à Paris, soit au bal, soit dîner en ville. Cela ne la dérange en rien, et Gilbert va lui téléphoner.

—Mais avez-vous consulté vos parents?»

Interrogés sur la démarche de leurs enfants, MM. d'Oinèche et de Lorizon ne purent que louer le sentiment délicat qui la dictait. Et voici comment les jeunes Armand et Gilbert, n'ayant pu se séparer brusquement de leur excellent maître, le conduisirent jusqu'à la gare de Lyon, et n'eurent pas plus tôt vu son train s'éloigner qu'ils sautèrent en fiacre, rentrèrent se mettre en habit chez leur tante Bussat, allèrent au théâtre et finalement firent leur entrée vers minuit et demi chez Maxim, où ils avaient décidé irrévocablement d'attendre le petit jour.

II

Car c'était là un projet caressé depuis longtemps, en effet. Les jeunes vicomtes n'avaient pas attendu leur majorité pour apprécier les biens de la vie, qui sont, comme chacun sait, d'acheter de beaux chevaux, de tutoyer les femmes à la mode et de s'entretenir dans l'oisiveté. Ce dernier plaisir seul leur avait jusqu'alors manqué, car messieurs leurs pères s'étaient appliqués à cultiver et à développer en eux l'honorable goût des chevaux, tandis que l'abbé Marigot n'avait su les empêcher de se faire une réputation dans les brasseries de la rive gauche. Mais de tels succès répugnaient à l'héritier des d'Oinèche comme au dernier des Lorizon, et c'était parmi le monde recherché des demoiselles de luxe qu'Armand surtout, le plus hardi des deux, rêvait d'acquérir la notoriété. Aussi avait-il dit à Gilbert, aussitôt leur examen passé: «L'abbé va partir; nous pourrions le conduire à Paris: cela nous ferait toujours une nuit.