Arrivés à la voie ferrée: «Les chevaux claqueront», dit Joë. Son compagnon ne répond pas. Dans la mauvaise descente, sous le viaduc, Cérisoles bute et tombe. Comme Joë s'arrêtait: «Imbécile, tu manqueras le train si tu m'attends! Sauve-toi!…» fait Trench. Et déjà relevé, il repart au trot.
Bref, avant d'atteindre la station, les compères mettent pied à terre, débrident leurs montures et les chassent sous bois. Ils prirent le train à Orry-la-Ville, et nul ne les revit jamais.
On retrouva le lendemain, aux étangs, Cérisoles couronné et la jument claquée. Le baron Joseph, propriétaire des deux malheureuses bêtes, retira sa confiance à Thomas Foggs, et celui-ci, comprenant que son écurie entière avait dû se faire sournoisement complice de Trench, licencia tous ses gens. Alors, devant les boxes vides et la cour déserte, le pauvre homme sentit lourdement le poids de sa faute: mais dans son héroïque respect fraternel, il craignait sincèrement que les journaux n'apprissent le scandale au révérend Isaac, et il lui écrivit seulement qu'il s'était décidé à renvoyer Trench parce que celui-ci avait donné un galop de trop à Cérisoles.
CROQUIS D'AUTOMNE
A Romain Coolus.
I
Comme je quittais les bois, ce matin, une feuille trouée s'est détachée d'un arbre et m'a touché le visage. Je l'ai recueillie: elle était morte. Levant alors les yeux, j'ai vu que tout le feuillage avait bien mauvaise mine. Il n'en faut plus douter, c'est fini de rire: voici l'automne.
Du reste, la campagne est complètement envahie par la troupe. Mais mon vieil ami le père Thomas se frotte les mains: «Ah! mon petit, me crie-t-il du plus loin qu'il m'aperçoit, vivent les manœuvres! Tout un peloton va loger ici. Cela me rappelle mon jeune temps…»
Et en effet, j'entends bientôt le pas des hommes: ils arrivent, ils sont là. Pourtant, deux d'entre eux se sont incontinent glissés dans le verger du père Thomas, où se hisser le long du plus beau noyer et en casser une branche superbe est pour ces gens de guerre l'affaire d'un instant.
«—Monsieur le lieutenant, fait héroïquement le brave vieux, mon lieutenant, ne les punissez pas. Je leur avais permis de grimper au noyer…»