Comme un enfant pour sa poupée...

A chanter ces fameux exploits

J'employrois volontiers ma vie;

Mais je n'ay qu'un filet de voix,

Et ne chante que pour Sylvie.

V

Dans le temps même que Jacques Fouvier après avoir dûment constaté le pouvoir invincible de la baronne Levaître, rentrait au château, celle-ci s'éveillait au crépitement d'un grand feu de bois, à la fraîcheur exquise du matin et au parfum des roses mourantes. Car Sylvie, qui ne craignait ni les faiblesses ni les migraines, dormait avec sa fenêtre ouverte, quelque froid qu'il fît, dans une chambre garnie de fleurs, en quelque mois que l'on fût.

A Paris, elle n'était point si matinale. Cela se conçoit: à quoi bon s'éveiller tôt dans notre ville, si l'on n'y est pas contraint? Dehors, on pave la rue, les tramways hurlent, les fiacres et les camions font sauter la boue, les passants vous attristent avec leurs habits de croque-morts; il faut, dès que l'on quitte son logis, se blottir en voiture, ou affronter des milliers de regards malveillants, dont on est las de s'expliquer la cause. Autant rester au lit. A la campagne au contraire, un vrai bain de Jouvence vous attend au jardin: on descend, on plonge dans la brume glacée et l'on ressort énergique et rajeuni d'un jour, aussi fort qu'hier matin. Cela vaut la peine.

Et pourtant Sylvie ne descendit pas ce matin-là, et ne s'en fut ni voir ses poules, ni parler à ses chevaux, ni caresser ses lévriers. Elle demeura paresseuse et souriante au milieu des lettres innombrables qu'on venait de lui envoyer à l'occasion de sa fête. Pour la Sainte-Sylvie, en effet, cette volée de billets s'était abattue sur son lit de tous les points de la France, et les plus intimes parmi ses chères «madame et amie» ou ses galants «tout dévoué» avaient joint à leurs meilleurs vœux quelque menu cadeau, un souvenir.