A Paris, Amédée Paqueret prit un fiacre et se fit ramener directement chez lui. Mais hélas, rien, dans son petit appartement, n'était pour calmer sa fièvre, ni pour donner un autre cours à ses méditations. Il n'y avait en effet, accrochés à tous les murs, que des souvenirs de Richenoire et de Vouzy, plans, dessins, tableaux représentant de vastes pâturages, profils innombrables d'étalons et de poulinières, groupes de lads, photographies d'entraîneurs et de jockeys; sur toutes les tables reposaient ici des reliques de chevaux célèbres, là des objets d'art, gagnés en prix, et dans la chambre à coucher même de Paqueret pendait, au chevet du lit, le portrait de ce fameux Jugurtha, qui s'était si malencontreusement cassé la jambe le matin du derby d'Epsom.
Ajoutons qu'une victorieuse dépêche de Marc arriva juste à point pour délier les derniers scrupules: «Triomphe partout, disait le télégramme. On me propose nouveaux défis. Les battrai tous. Serai au journal demain dans la journée.»
Allons! il serait criminel de ne pas faire la fortune de ce garçon-là. Et Amédée Paqueret, définitivement résolu, s'endormit peu à peu sous l'image tutélaire de Jugurtha, en qui Jacques Fouvier n'eût pas manqué de reconnaître quelque dieu lare ou pénate, quelque génie, d'ailleurs défavorable et funeste, du foyer.
DEUXIÈME PARTIE
A LA VOIE
I
Le grand projet d'Amédée Paqueret venait à peine d'éclore depuis quelques jours dans sa cervelle aventureuse que M. Ernest Antonin, professeur de troisième au lycée François Ier, se présentait chez M. Rodolphe Thierry, proviseur du même lycée. M. Antonin semblait à la fois fort mécontent et profondément affligé! Il portait sous son bras une liasse épaisse de journaux et de revues illustrées.
«—Qu'est-ce donc que cela, mon ami? fit M. Thierry avec le plus amène sourire. Les feuilles publiques se seraient-elles par hasard souciées de notre cher lycée? Ne craignez rien; vos intérêts et ceux de vos collègues me sont précieux à trop juste titre, et s'il le faut, je me ferai moi-même échotier, je répondrai:
Si quid opus fuerit, scis me non esse rogandum...»