Lorsqu'on en fut aux cigares et aux liqueurs, une carte fut remise à Amédée Paqueret: c'était celle du marquis de Caumais-Simier. L'ingénieux François s'était dit en effet: «Cédons. Suivons le flot. Ce baladin a la veine. Il viendra donc en Hariale, mais patronné par moi: qu'il soit au moins mon obligé.» Aussi, sans accepter d'assister au banquet, s'était-il bien promis pourtant d'y paraître cinq minutes vers la fin. Ce n'était point du reste déroger: aller en un tel jour serrer la main de Marc, était-ce autre chose que de venir caresser l'encolure du gagnant après le Grand-Prix? Le sport excuse toutes les familiarités.
François fut à son ordinaire la correction même. Après un compliment bref et fort bien tourné: «Je sais, monsieur, dit-il, que vous êtes attendu en forêt d'Hariale. Ce sera moi, si vous le voulez bien, qui aurai le plaisir de vous présenter au baron Levaître et à l'équipage.»
V
Et voilà comment, par une belle matinée d'hiver, Marc Thierry se trouvait en forêt d'Hariale.
Il chevauchait sur un grand diable d'animal rouan, non d'ailleurs l'un de ceux que le père Patt lui avait vendus pendant l'orgie du Ranch Bar, Amédée Paqueret s'étant mis du marché en effet, ayant été chez le maquignon et lui ayant dit: «Mon cher Patt, Marc Thierry est mon ami. Il se dispose à chasser tout l'hiver avec le baron Levaître. On ne peut ignorer dans l'équipage que c'est moi qui l'ai fait inviter, moi qui l'envoie. Or, vous n'espérez point, j'imagine, que votre proposition de la nuit dernière soit sérieusement prise en considération. D'abord, vous étiez tous ivres-morts...
—Voilà qui est vrai, monsieur Paqueret. Cependant M. Thierry a bel et bien acheté.
—Peut-être. Mais vous n'ignorez pas mes relations, mon influence, l'intérêt qu'il y a pour vous à gagner les faveurs de deux organes tels que la Race Pure et le Pneu... Or, en raison de cela, considérez notre jeune vainqueur comme votre propre fils. Les chevaux que vous lui avez fait voir ne sont pas assez beaux, et ne me semblent pas assez bons. Je vous donne huit jours pour nous présenter, moyennant un prix dérisoire, deux merveilles. Et puis, après cela, venez me parler aux bureaux du journal. Vous n'aurez pas à vous plaindre...»
Prompt à entendre à demi-mot, le père Patt avait donc découvert pour Marc ce grand rouan osseux, ainsi qu'une jument trapue dont un pair du Royaume-Uni se fût contenté. En même temps, Amédée Paqueret faisait embaucher à Hariale-sous-Bois un jeune lad nommé Ralph qui, chassé de partout pour son inconduite, allait se trouver trop heureux de n'avoir plus que deux chevaux à soigner, un maître à suivre à travers bois et ses anciens patrons à narguer dans le pays. Ce Ralph serait excellent pendant un an au moins, et saurait dire à monsieur pour les premières chasses: «Que monsieur prenne à droite; à gauche maintenant...», car monsieur ignorait totalement le plan de la forêt dans laquelle il lui fallait se distinguer.
Enfin, quinze jours durant, Paqueret prit la peine d'instruire son pupille en vénerie, et ne dédaigna même pas de le conduire en personne chez le tailleur, auquel il expliqua: