Bon! l'amour, à présent. Le malheureux éleveur, bouleversé, se prit le front dans les mains. Non qu'il se trouvât particulièrement hostile aux tendres sentiments; mais les a-t-on jamais vus intervenir dans les affaires sérieuses, si ce n'est au bon moment, au moment opportun et choisi? Animé de son esprit géométrique, l'inexorable Amédée ne pouvait supporter qu'il en dût être autrement entre Pauline et Marc.
D'ailleurs, l'inqualifiable tentative de celui-ci n'aurait aucune suite. Paqueret allait remettre, en quelques phrases exactes, l'athlète à la raison.
«—Mon petit, fit-il avec beaucoup de fermeté, réfléchissez, je vous prie. Vous montrez une impatience dont je ne vous blâme qu'à demi. Mais comptons, voulez-vous? Cela vaut toujours mieux que de se monter la tête. Depuis sept ou huit mois, vous vivez à mes frais. Je ne vous le reproche pas, puisque c'est une affaire que nous avons conclue. Je vous ai fourni votre équipage de chasse, vos chevaux, et prêté pas mal d'argent. Bien. Mais de votre côté, vous vous êtes engagé à faire un mariage opulent, après lequel vous me rembourseriez. Or, vous voici peut-être en posture d'y parvenir. Laissez-moi donc tout diriger à mon gré, puisqu'au bout du compte, et si nous avions la maladresse d'échouer, vous en seriez quitte, vous, pour des regrets, tandis que j'y perdrais, moi, une assez forte somme. Est-ce juste, mon raisonnement, oui ou non?
—Pas tant que cela.
—Et pourquoi?
—Parce que j'aime Pauline.
—Oh, quel entêtement et quelle incroyable puérilité! Mais puisqu'il s'agit de l'épouser! Puisque j'y tiens peut-être plus que vous, à ce mariage!
—Du reste... je n'ai jamais compris la raison qui vous poussait à construire ma fortune aux dépens de la vôtre, à vouloir mon bonheur avec une obstination curieuse, à...
—Assez, mon petit, c'est mon affaire, et non la vôtre, il me semble. Mettons que votre avenir m'intéresse à la folie, ou que je nourris une passion sénile pour votre bonheur, et n'en parlons plus. Votre rôle est-il si difficile, après tout, et si désagréable? Vous n'avez qu'à m'obéir aveuglément; quand je vous dis «Plaisez», qu'à plaire; quand je vous dis «Souriez», qu'à sourire; quand je vous dis... Bref, je vous tiens pour le plus heureux des prétendants. Comment! vous n'avez qu'à recueillir la dot et les baisers, quand je me charge de tout le reste, de toute la mise en scène... A vous la lune de miel, à moi les soucis. Comme légère épreuve, pendant que je travaillerai pour vous, une jolie petite villégiature incognito en pleine forêt, dans les feuilles, avec vos chevaux. Comme unique obligation, ne plus donner signe de vie. Ah, mais si cette aventure vous déplaît, en vérité, mon cher, que vous faut-il? Monsieur votre père, ou l'usurier du coin, peuvent-ils vous offrir mieux? Allons, allons, asseyez-vous là, et écrivez les deux lettres que, pour vous éviter jusqu'à un soupçon de peine, je vais vous dicter.»
La première était adressée à Pauline, et contenait des: «J'ai bien réfléchi... L'immense disproportion qu'il y a entre votre fortune et ma pauvreté... Je ne veux point passer pour un chevalier d'industrie. Quelle que soit ma sincérité, je n'échapperai pas à cette accusation, je le sais. Le mieux est donc, hélas! de disparaître...»