—Allons, donc! il faut tout dire, au contraire.

—Je ne peux pas. A peine si je me l'explique...

—Que me reproches-tu? Parle donc! Je te croyais plus forte.

—Je ne te reproche rien précisément... Mais je voulais vivre à mon tour, et qu'on me trouvât belle, et qu'on m'aimât aussi! Je suis jeune et une année passe vite. J'ai craint de vieillir dans l'ombre...»

Peuh! Pauline balbutiait maintenant, et son regard tout à l'heure indomptable, sombrait par instants dans la détresse. C'était bien vrai pourtant qu'elle fût morte du bonheur de Sylvie! Mais elle venait aussi, sans y penser, de frapper celle-ci comme il convenait, avec une adresse involontaire peut-être, mais exquise et directe. La jeunesse! Sylvie, qu'on s'en souvienne, avait trente-sept ans. Encore un peu, ses cheveux blanchiraient, les rides viendraient, et ce serait elle qui s'éteindrait dans l'ombre, bien avant Pauline...

Dans l'ombre! Qui a dit cela? Sylvie, la triomphatrice et l'omnipotente Sylvie, subir le sort commun, déchoir, s'effacer, pâlir—quand le théâtre l'attendait, le théâtre qui élève, qui sauve, qui divinise, la gloire qui transfigure, l'amour de tout un peuple qui recrée la beauté, qui ne juge plus, qui ne compte pas!

Sylvie Montreux prit son porte-plume, tira le traité de Paqueret, l'ouvrit devant Pauline, sans lui en montrer ni la teneur, ni le titre, et vivement, nettement, le signa.

Puis elle le repoussa tout au fond du secrétaire. Voilà donc, une bonne fois, cette grandiose résolution prise, cette surhumaine affaire conclue! Sylvie Montreux reparaissait au théâtre. Les circonstances s'y prêtaient même à merveille: le secret de l'engagement étant maintenu, on faisait épouser Pauline au plus vite par l'athlète—qu'on lui cédait si volontiers!—et aussitôt après les noces, madame la baronne Levaître, libre enfin, quittait le monde et rentrait en scène. On insistait dans les journaux sur la vertueuse rigueur avec laquelle notre géniale artiste avait su accomplir jusqu'au bout son devoir de mère, menant sa fille adoptive au pied des autels avant que de reprendre sa vie publique... Note familiale, discrète et douce, note qui porterait juste, et loin.

Allons! il n'y avait plus qu'à se remettre au travail, qu'à faire renaître, plus tendre et plus nuancé que jamais, tout l'adorable talent, tout le charme de naguère. Il fallait dès demain reprendre à part soi quelque rôle ardu et savant, s'essayer de nouveau, tenter une épreuve.

Et pourquoi demain? Non, tout de suite. Sylvie ne trouvait-elle point justement ici même une situation délicate et dangereuse à souhait: celle de la mère qui se sacrifie, sans mot dire, et abandonne son amant?... Quelle aubaine!