—Oui, monsieur, mais les chiens remontent, voyez. Le cerf aura gagné le Mahouleux au bas de la plaine, là-bas.
—Suivez, suivez; moi, je coupe au court. Ma jument grimpera la butte, ça la distraira...»
Car le jeune homme venait d'enfourcher sa deuxième monture qui, lancée toute fraîche en pleine chasse, roulait des yeux éperdus, ouvrait des naseaux de licorne, et se cabrait terriblement comme pour se préparer à prendre un galop dont son cavalier se souviendrait. C'était une prudente pensée que de lui donner tout d'abord à gravir ce lourd monticule de sable. Marc rendit la main et partit à fond de train sur la bruyère.
Il fut avant que d'y penser en haut de la butte, et en redescendit comme un trait. Les bois du Mahouleux s'approchaient, hauts, noirs et silencieux. Marc s'y engouffra bride abattue.
Mais il n'y avait pas fait dix mètres qu'une harde de biches jaillissait des arbres au tournant d'un chemin, et s'en venait presque donner dans la jument. Epouvantée, celle-ci se jette dans les pins: l'un d'eux, à demi déraciné, penche, barre la route. Marc s'y cogne rudement, se rattrape comme il peut aux crins de sa monture, qui sans doute se croit en danger de mort si elle ne fuit au plus vite: et la voilà qui baisse la tête et file au train de course entre les troncs d'arbres, par dessus les racines, les fossés, sur une route enfin, terrifiée, enivrée, emballée!
Les pins succèdent aux pins, les kilomètres aux kilomètres. Marc cependant a rajusté ses rênes, et se dirige tant bien que mal. Il attend que la jument se fatigue. Hélas! des rochers surviennent, des pierres cachées sous le sable: c'est la Gorge aux Sangliers. Il faut s'arrêter coûte que coûte: de violentes saccades sur le mors, une lutte suprême entre l'athlète et la bête furieuse, celle-ci devient folle, franchit deux roches, culbute à la troisième et rebondit en une carrière abrupte au fond de quoi elle ne bouge plus, morte. Marc, tombé sur le flanc, reste inanimé.
Bien loin de là, aux étangs, l'inquiétude fut grande, quand on y sonna enfin l'hallali.
«—Où donc se cache l'héritier? disait-on... Il paraît avoir étrangement perdu la chasse, le futur patron. Pour un début...
—J'ai quitté M. Thierry, répondit Monjoye très contrarié, au moment où l'animal débucha, puis fit retour.»
Le baron Levaître, méchamment, laissa traîner tant qu'il put le dépeçage et la curée. Si bien que le jour s'attristait déjà lorsque Pauline et Sylvie, prises d'angoisse, envoyèrent les hommes d'équipage battre tout le pays.