«—Madame Levaître, fait le chirurgien, paraît profondément affligée. Mais rassurez-la, monsieur. Dites-lui bien que son gendre ne court aucun danger. Il boitera, voilà tout. Vous confesserai-je qu'une question me tourmente depuis mon arrivée, et que si je ne craignais fort d'être indiscret....
—Du tout. Demandez.
—Eh bien, comment se fait-il que je n'aie vu au chevet du jeune homme aucun membre de sa famille? Je vous avoue que cela m'a surpris. Car nous sommes plus habitués, nous autres médecins, à nous débattre contre la poursuite d'une tribu d'oncles et de cousins qu'à trouver un malade orphelin. M. Thierry ne voit-il pas les siens?
—Son père lui a défendu sa porte.
—Et le brillant mariage qu'allait conclure le pauvre garçon ne les avait point raccommodés? Le fait est grave.
—En effet.... Mais il y avait une telle différence de points de vue, une si réelle incompatibilité d'humeur! M. Thierry le père a toujours témoigné envers son fils d'une malveillance extrême; et comme avec cela Marc était un caractère très violent, un peu rude....
—Etait?»
Enfin, quand le rapide de Paris eut disparu au loin, Paqueret s'en retourna seul vers l'hôpital de Sérigny: «Quoi! se disait-il en route, renvoyer Marc parmi les siens? Mais y tiennent-ils seulement? On les a prévenus, on leur a télégraphié. Nous avons vu débarquer madame Poron, née Thierry, le peintre Oswald, et aussi mademoiselle Marguerite qui a embrassé sa future belle-sœur. Puis, à l'heure du dernier train, ils sont repartis: et c'est encore Pauline, Sylvie et moi qui n'avons pas dormi cette nuit-là....»
Revenu à l'hôpital, il ouvrit résolument la porte du parloir où le chirurgien leur avait avoué tout à l'heure la vérité. Il s'arrêta, se découvrit, se tut. Sylvie se tenait encore enfouie dans le même fauteuil, à la même place.
«—Il faut, mon amie, déclara Paqueret, il faut absolument que Pauline .... sache. Je viens d'y réfléchir: c'est un douloureux et cruel cas de conscience. On ne peut la laisser engager tout son avenir ainsi.