Sylvie voulut répondre. A quoi bon? Sans cesser de lui tenir la main, Marc avait détourné la tête.

Et il demeura ainsi, incapable de remuer même les lèvres, jusqu'à ce que le train ayant stoppé en gare, les infirmiers eussent chargé sur un wagon leur pitoyable colis humain.

IV

Marc ne tolère plus que la compagnie de sa sœur Marguerite...

Marc est étendu sur sa chaise longue, dans la chambre qu'on a mise à sa disposition au lycée François Ier. Il a pu de sa fenêtre voir tomber, depuis deux mois, les dernières feuilles des arbres; et le meilleur moment de ses journées est encore celui où, pendant la récréation, les jeunes lycéens lui donnent le spectacle quotidien d'une partie de foot-ball, ah, bien mal ordonnée, mais enfin consciencieuse. Alors, Marc suit et s'amuse un peu: il voudrait diriger ces petits. Puis, à la cloche, tout se tait, la cour devient déserte. L'infirme retombe dans sa lourde tristesse.

L'infirme!... Car il sait, maintenant: il a interrogé, d'homme à homme, le chirurgien.

Cependant, c'est fête aujourd'hui: le docteur a décidé que son malade pourrait dans trois jours faire quelques pas, descendre l'escalier, porté à bras, mettre le nez dehors. Aussi doit-on venir tout à l'heure lui prendre mesure pour une canne et une béquille, une jolie béquille. Marc attend le marchand de béquilles.

Pendant ces deux longs mois de martyre, son beau visage, devenu blême, a tristement maigri: les yeux s'y sont enfoncés, les épaules remontent, la tête penche, la bouche désespérée s'est distendue. Il parle presque bas.

«—Marguerite... Qu'est-ce que papa a dit hier soir à dîner, quand il a appris la nouvelle?