«—Nous nous consolerons, tu verras», disait-elle. Elle le croyait. Pauline ne levait point la tête.
Tout à coup: «Mon Dieu! s'écria Sylvie. Et Sérigny que nous oublions... Cours vite t'apprêter! Avec Aérolithe, nous arriverons pour l'heure du train, mais ce sera juste. Pauvre Marc... Dépêchons-nous!»
Mais ici Pauline découvrit enfin ses yeux, des yeux tout étincelants de douleur. Marc? Il allait payer pour tous!
«—Vas-y seule!» s'écria-t-elle.
Sylvie joignit les mains: «Pauline! y penses-tu? Songe qu'on l'emmène, qu'on l'emporte sur une litière...
—Vas-y seule!» Puis se laissant aller de nouveau, peut-être par honte, peut-être pour mieux mentir, ou par dégoût, ou par fatigue: «Oui... C'est un spectacle que je ne me sens pas capable de supporter. Excuse-moi... Dis que je suis malade, que je souffre, que c'était au-dessus de mes forces... Dis ce que tu trouveras... Je ne peux pas!»
Il fallut bien que Sylvie se résignât: l'heure pressait. Lorsqu'elle eut sauté dans la voiture légère, le cocher lui présenta les guides: «Oh, non, fit-elle, non. Menez vous-même. Et vite!»
Elle ne parvint à la gare de Sérigny que dix minutes avant le train de Paris. Sur le quai, se profilait l'humble silhouette de mademoiselle Marguerite Thierry, puis une figure hautaine qui n'était autre que celle de madame Poron. Non loin se tenaient des infirmiers. Et parmi tout ce monde gisait une litière chargée de couvertures, sous quoi l'on distinguait à peine une forme livide, lugubre, immobile: Marc.
Jamais, non, jamais, durant toute sa vie tumultueuse, Sylvie Montreux ne devait rencontrer un regard plus misérable que celui dont Marc l'accueillit quand il comprit qu'elle arrivait seule! Elle s'était penchée, il lui prit la main:
«—Comment, gémit-il presque bas, n'est-elle pas venue?»