—Je ne trouve pas, répondait-elle. Mon fiancé aussi avait les yeux comme le charbon.»
Frida, la miss, était Wurtembergeoise, et se trouvait douée de cet accent «palace», qui se transforme si aisément en tout ce que l'on peut souhaiter de plus sympathiquement anglais. Elle évoquait sans cesse la mémoire de son fiancé, mort au Cameroun, «dans une exploration», disait-elle fièrement: mais entendez dans l'armée prussienne, enfin sous le casque à pointe. Frida, mince, menue et vive, semblait extraordinairement jeune: néanmoins, vêtue désormais en nurse, elle était devenue la gouvernante du petit, et surveillait la nourrice, solide et austère gaillarde qui semblait avoir, en réalité, presque deux fois l'âge de cette nurse pour rire.
Quant à Marie elle-même, posée entre les deux partis en lutte, elle trahissait tantôt celui-ci, tantôt celui-là, selon son humeur du moment: mais tout son cœur était avec le camp de Frida.
—«Et pourtant, affirmait la femme de chambre Romilda, le bambino, quand il veut téter, se fâche déjà comme madame quand elle attend!
—Je ne crie cependant pas, Romilda, ni ne pleure, que je sache.
—Madame croit cela.»
Cette Romilda était familière, et souriait toujours: Marie l'aimait beaucoup, et la destinait, elle aussi, au service particulier du bébé, car un enfant ne doit avoir autour de son berceau que des visages heureux. Elle considérait avec effroi l'air si grave de la nourrice: et j'en venais à prendre celle-ci presque en grippe, moi aussi.
Enfin, tout l'hôtel charmant d'Auteuil ressemblait maintenant assez bien à une nursery: il n'était plein que de hautes chaises, de voitures à bras, de «moïses», de jouets et de hochets. Quatre pièces au moins en avaient été repeintes des plus fraîches couleurs: des frises puériles et ravissantes, représentant des bergeries et des soldats de bois, couraient sur les murs. Il n'était question que d'antisepsie, de laitages, de promenades savamment réglées, et l'on n'entendait que gazouillements divers, roulades imprévues, voix caressantes qui s'efforçaient d'égayer le précieux petit être enrubanné et couvert de dentelles.
Le baptême prochain prenait les proportions d'un événement immense. Devant la loi, l'enfant devait, vaille que vaille, se nommer Gianelli, les parents n'étant pas divorcés: mais quel serait le prénom?
—«Mon grand-père, disait Marie, s'appelait Tiberge, ainsi que le maréchal, prince de La Canée. C'est là un nom légendaire dans ma famille. Je veux que mon fils le porte: il en est digne.