—Mais je croyais que l'héroïne de la pièce était Madame Henriette, la belle-sœur du Grand Roi?
—Sans doute, la scène se trouve à Versailles, et la vraie Bérénice n'a que faire ici. Elle n'est qu'un symbole. Pourtant, on verra Corneille et Racine, et aussi des nymphes et des bergers, des précieuses et des guerriers, que sais-je encore! Du moins en était-il ainsi naguère. Ce n'est d'ailleurs pas mon secret, et je ne dois souffler mot de cette Bérénice, sinon pour souhaiter son succès... Et donc, tu le souhaites aussi, n'est-il pas vrai? Tu n'es pas jaloux, maintenant? Cher, un jaloux, ah!...»
Et elle chassait de sa main déliée, semblait-il, des vapeurs offensantes, une fumée horrible.
—«En effet, pourquoi jaloux, répondis-je? Le passé est mort, et moi-même n'ai que trop d'autres sujets de trouble. L'apothéose de Bérénice n'a d'ailleurs pas besoin de mes vœux, que je forme de grand cœur: le succès ne fait pas question.
—Stéphane a de grands ennemis. Son mariage manqué avec la Clarke lui cause du tort.
—Il n'épouse plus l'infante?
—Euh... cela traîne et languit, cela échouera, et l'on se moque. Isabelle Rameau et Henri Berri du Jonc, qui étaient à Deauville et à Dieppe, m'ont dit que l'on se moquait. Si Stéphane avait réussi, ce serait une alliance diplomatique et adorable, cher. Comme il n'aboutit à rien, c'est un projet ridicule, maladroit, et même déshonorant. Il est du reste réellement affreux, ce projet... Mais Bérénice contient des mots qui arrêtent le cœur.»
Un silence. La brise, les feuilles: l'orage montait. Marie leva sa coupe, et but.
—«Il fait chaud, François, donne-moi la main. Tu trembles?... Sais-tu ce que nous devrions faire? Isabelle Rameau a invité Tiberge à venir chez elle, dans son château de Grainville, près de Louviers.