disait votre prédécesseur Virgile, forestier admirable. Comment est-ce fait, une yeuse? Voilà bien des années que je me le demande. Ne m'en montrerez-vous pas quelqu'une? Quoi?... Ce ne serait qu'un chêne-vert?... Hélas, je n'ai jamais aperçu non plus de chêne-vert, s'il faut tout avouer...»

Cet homme-là m'étourdissait. Alors que, par courtoisie sans doute, il ne m'entretenait que de sylviculture—seul sujet où je me connusse bien, devait-il penser—je ne trouvais presque rien à lui répondre, tant je l'observais avidement, tant je remarquais ses mains mobiles, ses légers tics de physionomie, et jusqu'à ses gestes les plus furtifs. A peine si j'ai saisi l'occasion de lui adresser au moins quelques compliments tout professionnels sur la fameuse tirade des Sabots, au cours de laquelle il avait évoqué, avec un lyrisme abondant et splendide, tous les arbres français, dans le bois desquels furent taillées ces galoches immortelles qui conquirent le monde.

—«Je me suis documenté quand j'étais gamin, répliqua-t-il, en courant les buissons. Mais les Sabots, bah! je n'y songe plus. Ce fut une gaîté de jeunesse... Dans Bérénice, bientôt, j'essaierai de montrer un peu, au loin, les bosquets de notre Versailles. Cependant, monsieur Simonin, que sais-je si j'y parviendrai? Le plan de ma pièce n'est même pas encore fait: un plan s'écrit en prose, et la prose est difficile...»

Le poète Stéphane Courrière, de l'Académie française, se renversa plus mollement encore dans son fauteuil, au risque de froisser sans remède son smoking exquis, et d'un ton véritablement accablé:

—«Du reste, Bérénice ne verra sans doute jamais le jour: la marquise Gianelli m'empêche de travailler.»

Stupéfait devant cette indiscrétion qui me parut alors cynique, j'allais détourner poliment la conversation, quand Marie-Dorothée, s'entendant nommer, s'avança vers nous:

—«Comment, cher ami, demanda-t-elle comme en chantant, je vous empêche, moi, de travailler?»

Courrière sourit, et me répondit, sans s'adresser à la marquise:

—«Eh! oui, la marquise m'empêche: elle me promène, dans sa Rome!»