—Tu veux me quitter, François?»
La soudaineté d'une telle réponse me déconcerta: j'étais venu afin de prononcer précisément cette phrase atroce, mais je ne pensais pas qu'elle dût venir si vite! Tout vacilla sous mes yeux, et je mis mes mains dans mes poches, car elles tremblaient.
—«Il ne faut pas dire cela, ai-je repris d'une voix encore mal assurée. Il ne faut surtout pas user de mots rudes et hostiles. Te quitter!... Comme si je te haïssais, Marie! Mais pas un instant, depuis le début de notre chère union, je n'ai cessé de t'aimer avec une sorte d'idolâtrie. Tu représentes pour moi toute la beauté, tout le charme et toute la grâce du monde...
—Cher François, je ne comprends donc rien à cette scène. Qu'est-ce que tu as maintenant, en vérité?
—Je suis très malheureux. Tu sentiras...
—Écoute... Oh! si, écoute, laisse-moi parler la première. Ce que je vais tout de suite te dire est bien aussi important que tes ... étrangetés! Je ne sais pas ce que tu te proposes de me reprocher: mais d'avance je tiens à affirmer très haut que, du jour où je me suis donnée, je n'ai pas eu une minute de défaillance en ma tendresse pour le père de Tiberge. Tu entends bien cela? Retiens-le. Aucun de tes griefs—que j'ignore encore—ne peut être fondé. Je vis heureuse du compagnon que j'ai choisi, je ne souhaite rien au delà.
—Mais... je n'ai pas ombre de grief... Pourquoi le supposer?
—Parce que je te croyais jaloux de Stéphane. Tu semblais si troublé, l'autre jour, par cette pauvre bague de Bérénice, humble souvenir, avoue-le, et bien naturel.
—Tout naturel, certes. C'était une pensée charmante du poète, elle ne m'étonne aucunement. Je ne formule pas la plus légère plainte: tu t'es montrée irréprochable... Ce qui me torture n'est point arrivé par ta faute.
—Enfin, voyons!... Parle à présent. Il t'aura bien fallu une raison grave pour me quitter.»