Alors, je le lui dis, le motif qui me contraignait à ne plus la voir que rarement, je le lui récitai plutôt tout d'un trait, comme une leçon apprise d'avance:
—«Accuse-moi, Marie, j'aurais dû depuis longtemps t'avertir... J'ai manqué de confiance et de courage: et en cela j'ai péché, comme en tant d'autres choses... Voici plus d'un mois que la foi m'est venue. Elle m'a d'abord tenté, puis s'est insinuée en moi doucement, lentement, irrésistiblement. La Grâce m'a touché enfin, je fus aveuglé par cette clarté!...»
C'était comme si j'eusse tout à coup parlé une langue inconnue, le lapon, le mandchou: Marie me regardait avec stupeur.
—«Comment?... Comment?... Que dis-tu? La foi?...
—Oui, j'ai repoussé et détesté tout un passé d'erreur et d'incrédulité... Je me suis confié aux mains de mon directeur.
—Et c'est lui qui, pendant un mois, t'a peu à peu détaché de moi?
—Marie, par pitié, ne me rends pas la tâche trop pénible, ni le devoir trop douloureux!
—C'est lui qui t'a ordonné de m'abandonner?
—Mais je ne t'abandonne pas! Au contraire, je ne t'ai jamais plus ardemment aimée. Toutefois, je t'aime désormais en Dieu, et mon espoir profond est de te conduire un jour à partager ma bienheureuse soumission. Est-il donc monstrueux de demander le droit de te parler sans feinte, comme à la plus tendrement choyée des sœurs? La Providence m'a accordé, à moi indigne, le don de croire. Je la supplie d'élire aussi ton âme charmante...»