«Voici donc une séparation très atténuée. Mais, François, je te jure qu'elle est nécessaire. Après ta sortie, je suis demeurée bien longtemps atterrée, presque anéantie. Un rêve s'écroulait: je n'avais plus confiance en toi, un autre homme m'avait parlé par ta bouche. Qu'est-ce que ce chrétien, révélé soudain, qui me juge et se juge lui-même selon des règles dont je ne sens pas la valeur?
«Je ne discute point la foi: elle t'est venue, c'est bien. Seulement, moi, qui ne la partage pas, elle m'étonne. Nous ne saurions plus avoir aucun idéal en commun, mon cher François. Et puis, ton directeur de conscience me gêne: il me semblerait toujours assis en tiers entre nous.
«Tes nouveaux scrupules, je ne puis les concevoir, et je craindrais sans cesse dorénavant de te scandaliser. Comment essaierions-nous seulement de causer, à l'avenir? La religion est au bout de tout, pour les croyants. Il n'y aurait plus entre nous qu'une âpre controverse. Allons-nous donc nous quereller, à la façon de la canaille qui se dispute au cabaret pour sa politique?
«Je t'ai bien aimé, François, à Rome—oui, à Rome—à Pierrefonds, à Auteuil. Tu es le père de Tiberge, et je n'oublie ni ta délicatesse, ni les heures...»
La lettre m'échappa, tomba sur le tapis.
Aussi bien, je ne pouvais plus lire, je ne voyais plus... Ainsi, c'en était fait. Elle me congédiait. Elle ouvrait les mains, et me laissait aller. Elle repartait, en haussant les épaules, pour là-bas... Et je l'avais voulu!
Ce jour même, un peu plus tard, j'ai rencontré l'abbé Duregard. Derechef il me conseilla de me joindre, sans plus tarder, au nombre des fidèles qui s'agenouillent à la Sainte Table, et dès le lendemain, je fis ce qu'il souhaitait. J'ai choisi, pour cet acte public, la messe matinale à laquelle ne manquait jamais de se rendre quotidiennement Thérèse Gervonier.