Et de fait, le geste au moins et la démarche de Battistina avaient de la noblesse. Démarche d'autant plus olympienne que nul soulier n'en corrompait le rythme ni la langueur, Battistina traînant le plus souvent de tristes savates. Geste imposant aussi, bien qu'il brandît parfois les pincettes, non sans d'horribles imprécations. Un grand sujet de dispute entre le peintre et son amie avait trait aux bains: elle prétendait n'en pas prendre, il voulait l'y contraindre, cela causait d'affreuses bagarres, et enseignait à Luzot de belles injures en italien.

Néanmoins, ce soir-là, une paix charmante régnait en leur logis. Une humble petite lampe y luttait mal contre le clair de lune éblouissant, versé à flots par la fenêtre ouverte. Comme par les plus douces soirées d'été, on entendait passer un peuple heureux en bas, dans la rue. Battistina et son ami mangeaient en souriant des raisins secs, et buvaient une innocente bouteille de capri.

—«Bah! fit Luzot, quel bon vent vous amène? Donne un verre, Battistina. Monsieur que tu vois est Français: mais il parle italien mieux que moi.

—Ce n'est pas difficile.

—Voyez l'impolie!... Est-ce que je t'ai demandé ton avis? Est-ce que je me mêle de juger en fait de robes, moi? Garde donc tes sornettes, ravaudeuse...»

Et déjà les yeux leur sortaient de la tête, selon la coutume; mais je coupai court au tapage en questionnant Fernand Luzot dès les premières phrases.

—«La marquise Gianelli? me répondit-il. Elle vous inquiète, à ce que je vois? Mais vous savez, rien à faire: elle est folle de son poète.»

Battistina ne comprenait pas le français. Ayant néanmoins entendu les mots «marquise Gianelli», elle s'écria:

—«C'est la maîtresse du signor Courrière! Tout le monde le sait. Du reste, elle se coiffe mal: elle a l'air d'une noyée.