Ce que nous appelions ainsi le «manoir Mondu» se trouvait alors assez loin, dans les côtes d'Orléans. Quand nous approchâmes de la taille où travaillait la tribu, nous aperçûmes tout d'abord deux fillettes et un gamin déguenillé—le petit Poucet sans doute—qui, serpe en main, nettoyaient des branches. Plus loin, Mondu le père, aidé de son fils aîné, attaquait un arbre. Mondu l'aïeul enfin, Mondu le chenu, s'occupait à lier des fagots. Assise devant la maison, Mme Mondu reprisait une culotte, cependant qu'une autre fille étendait du linge rapiécé sur les buissons voisins. De ci, de là, picoraient des poules en liberté, de bienheureuses poules bocagères qui tôt ou tard reviendront à l'état sauvage, à force de vivre en plein bois, et s'envoleront comme des faisanes. Attachée à un piquet, la chèvre piétinait un peu de foin, cependant qu'un cochon grognonnait dans sa cachette, on ne savait où. Quant à la maison, imaginez une sorte de métairie basse, à un étage, faite en mottes d'herbes: un tuyau de poêle, qui semblait en ribote, perçait le toit, et il y avait même deux prétentieuses fenêtres, ornées de vitres. Et le silence—n'eussent été les coups de hache—un grave et paisible silence autour de tout cela.

Yvonne, charmée, adressa quelques mots de bienvenue à Mme Mondu:

—«A la bonne heure, vous gouvernez une vraie ferme.

—Nous manquons de tout, répondit celle-ci qui se plaignait machinalement. On mange un sou de bidoche chaque fois qu'on perd une dent.

—Vous avez bonne mine.

—Oh! pour gras, ça, on ne l'est guère. Le cochon non plus ne profite pas. Mon gars Roger a les joues rouges, mais il est sécot comme une brique. Et le père Mondu, regardez-le là-bas, madame.

—Il est bien droit.

—Il ne peut seulement fermer les doigts, tant qu'ils sont noués. Ça flotte, la nuit, dans la cambuse.

—Ça flotte?

—Oui, à force d'eau qui pousse aux murs, sous les pieds, partout. Le canton est un vrai marais: ce n'est pas notre poêle qui ferait rentrer la boue, bien sûr.»