—Stéphane, vous dis-je, épouse l'infante.

—Car c'est un fils, j'en suis sûre...»

Oui, M. Courrière pouvait être bien tranquille. Force m'était, par galanterie, de ne rien lui confier qui le rassurât, mais il dut lire sur mon visage que je n'éprouvais nulle inquiétude. Nous nous quittâmes, lui et moi, comme des amis de vingt ans.

Au déjeuner, j'ai tenté de raconter à Yvonne cette émouvante visite:

—«Devineras-tu, fis-je, qui sort d'ici?... Adolphe Courrière, oui, Adolphe Courrière en personne, le directeur de la Journée. Au cours d'un entretien à propos de la forêt et du testament d'Aumale, il m'a appris une nouvelle sensationnelle, un mariage curieux, oui, très curieux: celui du poète Stéphane, son frère, avec l'infante Pia...»

Pourtant je n'allai pas plus avant, car la mine d'Yvonne était telle que je craignis de l'entendre me dire: «Cela m'est égal. Garde pour toi ces histoires-là.» Une gêne extrêmement pénible s'ensuivit, et dès lors l'infante, la Journée, Adolphe Courrière, l'Académie, devinrent à leur tour des sujets défendus.

C'est ainsi que nous avons pris, peu à peu, l'habitude de nous taire.


Ai-je assez souffert!