Protestations, compliments, politesses... Bref, M. Courrière m'apprit que la Journée s'aviserait peut-être d'entreprendre une campagne: le testament du duc d'Aumale était absurdement conçu; toute une partie infiniment vaste de la forêt pouvait être vendue par l'Institut; tant que celui-ci vendrait à de grands propriétaires qui traceraient des parcs, il n'y aurait rien de gâté dans le paysage, mais que penser des menues concessions et des villas du genre Le Pecq ou Asnières, toujours à craindre? Dès lors, il s'agissait de demander que l'État, ou à son défaut une entreprise particulière, prît à bail ou achetât d'un coup, si c'était possible, l'immense partie de forêt en question... Or, quel en était le rendement, l'avenir, que pensais-je d'un tel projet?

—«Il est absurde, concluait M. Courrière, comme tous les projets. Mais quel est son degré d'extravagance?»

D'ailleurs il s'en moquait bien, je l'ai déduit par la suite: son seul but ayant été, sans aucun doute, de me citer l'Institut, puis tout naturellement l'Académie française, et par là son frère Stéphane. A ce nom, le badinage du vieillard se fit encore plus diligent, mais aussi plus bourru, c'est-à-dire plus tendre.

—«Figurez-vous, me dit-il d'une voix à la bonhomme, que le cher garçon va se marier.»

Réprimai-je mal quelque mouvement? Il est possible. M. Courrière reprit en souriant de plus belle:

—«Oui... La nouvelle n'est pas officielle encore, loin de là. Toutefois il n'y a plus nul secret, Stéphane épousera l'infante Pia. Elle a bien de la grâce, il l'aime... La cour d'Espagne tergiverse encore, mais elle cédera. Il ne s'agit que de savoir si ma future belle-sœur gardera son titre d'altesse. Quant à Stéphane, étant déjà prince des poètes français, il ne peut recevoir d'avancement... Négociations compliquées, cependant, et qu'un rien peut troubler!»

Ah! bien, j'avais compris, maintenant. Peut-être flatté—il faut tout prévoir—ou peut-être intéressé pour quelque autre raison moins simple, le directeur de la Journée tenait à ce que son frère épousât l'infante, née Clarke et milliardaire: il était venu me prier indirectement d'agir auprès de la marquise Gianelli—notre liaison, hélas! n'étant plus un secret pour personne—afin que celle-ci ne causât ni catastrophe, ni scandale...

Bientôt M. Courrière se leva, me dit au revoir, me prit les mains affectueusement.

—«Envoyez-moi votre avis à la Journée, touchant cette affaire du testament d'Aumale. Nous en recauserons. J'en conférerai pareillement avec l'Institut, où Stéphane n'est pas sans crédit, ni moi sans amitiés, ainsi qu'avec le petit Malestan, votre ministre à l'Agriculture: c'est moi, savez-vous bien, qui ai lancé cet enfant-là!»

Parfait. De plus en plus clair. Si la marquise Gianelli faisait du tapage, je risquais ma place. Bah! je crois, heureusement, qu'elle n'y songeait guère. Je lui dirais demain: «Stéphane se marie.» Et elle me répondrait, en extase: «Vous savez, François, notre fils a remué.