—«Voyez en Italie: ils n'ont pas le divorce, mais comme ils s'en passent bien! Le code italien n'admet qu'un seul cas de dissolution d'un mariage, à savoir la mort d'un des conjoints. Cependant, là-bas, quand le problème est trop difficile, voici tout justement l'annulation à quoi l'on songe aussitôt.

—Nos tribunaux ecclésiastiques s'occupent de cas bien définis.

—Allons donc!... Tenez, prenons un exemple: une femme, très riche, a épousé, outre les Alpes, un homme pauvre, ou qui du moins n'a pour vivre que sa solde, que son traitement, si vous voulez. Or, depuis six, sept ans ou davantage, ils n'habitent plus ensemble...»

Eh! mais ici, avec quelle adresse et quelle preste autorité M. l'abbé ne m'a-t-il pas tout net coupé la parole!

—«Mon Dieu, vous savez, comme disait l'hôtelier Madei, que j'ai connu à Rome: «Plus de roses, point de sécateur...» Vous ai-je déjà parlé de cet étonnant et charmant Madei? Figurez-vous qu'en plein carême...»

Et les anecdotes de se succéder l'une à l'autre, vivement, allègrement. Il n'y avait pas à s'y méprendre: malgré toute l'agitation de notre entretien, l'abbé avait immédiatement rompu les chiens, dès que j'avais voulu faire allusion à Marie et au colonel Gianelli. Donc, M. Duregard, confident et confesseur d'Yvonne, se trouvait au courant de ma liaison.

Bien mieux, je me rappelai cette autre fois où, tandis que nous devisions de la détestable invasion étrangère en France, j'avais entrepris de défendre les femmes cosmopolites, qui unissent en elles plusieurs races: «Les métèques simples, déclarais-je, sont bien plus néfastes, à cause de leurs âmes plus différentes de la nôtre, plus marquées et moins souples. Ainsi une femme un peu russe, un peu italienne, un peu française aussi...»

Or, juste à ce moment, M. l'abbé Duregard m'avait interrompu.

—«Ma grand'tante, fit-il, était Danoise. C'est à elle que je dois les quelques mots de cette langue dont je connais le sens et la prononciation. Avez-vous entendu un dialogue en danois?»