Et pourquoi même réprouver les nobles pontificaux? Ceux-là, si l'on s'en approche, sont plus fâcheux encore ; des relents de comptoir et de Bourse planent autour d'eux. Leurs marquisats et leurs comtés appellent des idées de courtages, de trafics dont on ne parle point tout haut, et l'on songe à Turcaret piétinant chez les cardinaux afin d'être duc. Mais quoi! les fastes du Saint-Siège, jadis cour souveraine dans la Ville Eternelle, font encore rêver quelques poètes. Les suisses pontificaux n'ont-ils point bel air, à la porte du Vatican? Or ne songez-vous pas à ces suisses-là, quand vous voyez errer sur notre boulevard quelque prince du Pape?

Bien mieux, je voudrais qu'on allât jusqu'à tolérer sans courroux la troisième noblesse aussi, la spontanée. Elle fait nombre, après tout, elle combat pour les deux autres. C'est une canaille utile, une sorte de chair à canon. Et puis, quels bons acteurs! Les plus insolents, non moins que les plus drôles, se trouvent là.

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Les plus insolents! Ah, c'est ici le point sensible, je pense. Tous ces nobles, gémissent les ennemis des titres, ne se tiennent pas à leur place. Leur morgue déconcerte, leur vanité ne connaît point de limites.

Oui, c'est vrai. Devant l'aristocratie intellectuelle surtout, on ne voit les porteurs de titres ni modestes comme ils devraient l'être, ni même silencieux. Mais qu'importe? Ne sont-ils pas forcés de « morguer » dans les seuls petits coins où l'on boude? Dans la vie réelle, ils ne passent qu'à leur rang de parade, assez loin en somme.

Mais, pleure encore l'égalitaire, le noble m'opprime, moi, avec son nom magique… Brisons là. Ces plaintes sont basses. Un homme qui se laisse opprimer par un autre, qu'est-ce donc? N'a-t-il point honte de réclamer l'effet des lois où l'action personnelle suffit? C'est la fureur du nivelage. C'est la peur. Et c'est l'envie.

A PROPOS DU DUEL

(Réponse à un chroniqueur qui n'aime pas qu'on se batte)

Ah! qu'il est donc gênant de vous répondre, Monsieur, et cependant, il le faut bien. Car enfin, votre article contre le duel, vous nous l'avez jeté à la tête, à nous autres « grotesques paladins » et « Cyranos de salles d'armes » ; et nous vous devons, par politesse au moins, de vous le rendre. La politesse fait partie, ainsi que le Code de l'honneur (sur lequel vos amis s'asseyent « comme sur un Bottin », suivant votre expression délicate), de cette civilité puérile et honnête dont vous ne voulez plus. Souffrez que nous n'en ayons pas encore, nous, perdu l'usage et que nous vous adressions courtoisement un ou deux petits mots, en échange de vos gros mots.

J'imiterai votre réserve pour ce qui est, en somme, le fond même de la question : c'est-à-dire l'utilité, sinon la légitimité du duel, et les services discrets que nous rend à chaque instant cette coutume ex machina, si j'ose dire. Sur ce sujet, vous l'avez fort bien écrit, nous sommes encore « réfractaires à une émancipation intégrale » ; et puis, pour ne cesser d'employer vos bonnes formules, d'un côté comme de l'autre, dès que revient cette discussion, « on répète la même chose, parce que c'est toujours de la même chose qu'il s'agit ».