—«Oh! il est revenu pour voir si le pot-au-feu cuisait bien. Et puis je l'ai appelé, et il a sauté sur mes genoux. C'est drôle...»
—«Qu'est-ce qui est drôle?»
—«Quand il me regarde comme cela, il me semble que j'ai déjà eu un chat, qui veillait sur moi, quand j'étais petit, en me couvant de ses yeux jaunes! Comme ça a l'air savant, un chat! Je me souviens que celui qui me gardait me faisait un peu peur, je le sentais tellement plus vieux que moi!—C'était comme un grand-père sorcier. Il me paraissait songer: «Je ne dis rien, mais je sais tout.»—Je croyais qu'il lisait dans ma petite tête toutes mes pensées, et je me tenais bien sage, sous le regard doré, sans oser bouger, sans chercher à sortir de mon berceau, sans vouloir jouer avec les allumettes, sans m'intéresser au sucrier...»
—«C'est qu'il y avait un chat chez tes parents.»
—«Sans doute, mais je ne m'en souvenais pas. Tout cela me revient peu à peu. C'est votre Mimi qui réveille le temps oublié, en ronronnant sur mes genoux.»
—«Et moi aussi, en te voyant là, il me semble que le passé est encore vivant. Mon cadet était blond comme toi, et l'aîné, de dos, avait ta carrure. Mon petit Albert, je ne sais pas ce qui arrivera par la suite, mais il a fallu que tu passes par ici, où je me croyais déjà morte, pour que mes fils me soient un peu rendus. Quel bonheur que Minet ait miaulé, et que tu aies vu ma petite fumée!»
Mais cette accalmie dans la tempête était trop douce pour pouvoir durer. Un matin, le bombardement des Allemands reprit, et le village reçut tant de projectiles, qu'il fallut s'enfouir au plus profond des caves. Sans doute les uniformes bleus avaient été repérés. Puis, la pluie de feu cessa, sans cause, comme elle avait commencé.
—«Vous ne pouvez plus rester ici, dirent les soldats à maman la Soupe. Vous devez savoir où ont été évacués les habitants du village. Connaissez-vous le chemin?»
—«Je connais tout le pays; j'allais acheter les œufs dans les fermes avec ma petite carriole: mais je ne veux pas m'en aller.»