—«Ce serait dangereux. Il y a loin d'ici à la tranchée de la 1re escouade, et c'est un chemin en terrain découvert. Les cuistots nous laissent bien vivre sur nos boîtes de conserves. Ils viennent de temps en temps nous apporter une pièce de viande, mais on voit que le trajet n'est pas sûr, à la rareté de leurs visites.»

—«C'est justement quand on ne voit guère les cuistots qu'on aurait besoin de chocolat.»

—«Mais, dit Fiquet, Ratu sait bien aller voir son ami le cuistot de la 1re escouade. Ratu ne se contente pas de nos conserves, lui, et va tous les matins faire son tour du côté des fourneaux roulants. Il pourrait porter un mot d'écrit.»

—«Veux-tu être notre chat de liaison, Ratu?» demanda le caporal.

Ratu répondit par un petit miaulement bref qui, assurément, était un consentement.—Donc, sur une feuille arrachée à son calepin, le caporal écrivit:

«Par les cuistots ou par Ratu, envoyez S. V. P. tout ce que vous avez de chocolat disponible, aux poilus de la 2e escouade. Signé: Caporal Bigeois.»

Et le lendemain, à l'heure où Ratu avait coutume d'aller faire sa cour intéressée à son ami le bon cuisinier, on attacha le petit billet, avec une épingle double, dans la musette de Fiquet, et cette musette fut fixée autour du corps de Ratu, avec tout ce qu'on put trouver de bouts de ficelle, rattachés ensemble. Dans l'esprit de Bigeois, la musette devait lui revenir remplie de chocolat, par retour du courrier.