Ratu fit un peu la grimace en se sentant déguisé en saucisson; mais Fiquet le caressa tant, tout le monde lui fit tant de grâces persuasives, on lui dit tant de: «Petit Ratu» par-ci, de «mon beau Mimi chéri» par-là, en lui grattant la tête, le menton, la nuque, qu'il comprit fort bien, quand on le déposa sur ses quatre petites pattes au seuil de la sape, au bord du boyau de tranchée, en tournant son museau vers l'abri de la 2e escouade, il comprit que c'était là qu'il devait aller, comme à l'ordinaire, mais, par un caprice humain inexplicable, portant sur son dos cette musette qui d'habitude était au contraire son moyen de transport et son hamac de route. Résigné, Ratu lança un coup d'œil un peu dédaigneux vers ses amis, comme pour dire:—«Que c'est bête, les hommes!—Enfin, si ça les amuse de me voir courir en pyjama, je peux bien faire ça pour eux!»—Et puis il se mit à trotter comme un lapin...
Les heures se passaient: point de cuistots, point de Ratu, point de chocolat. Comme il pleuvait, on attendait les événements, en fumant stoïquement les pipes, dans la tranchée-abri.
Soudain, on entendit un petit miaulement: c'était Ratu! On le vit bondir par l'appel d'air, un peu mouillé, mais alerte et les yeux brillants.
—«Ah! les cochons! s'écria Bigeois, ils n'envoient pas de chocolat, et ils ont gardé la musette!»
—«Attendez, caporal, dit Roblin, Ratu a la ficelle attachée à son collier, et ce qui est au bout est encore dehors. Ce doit être la musette et le chocolat. Cela a dû se détacher en route. Tirons sur la ficelle et le chocolat viendra.»
Ainsi fut fait. Effectivement, quelque chose de lourd était assez malaisé à attirer par la prise d'air:—«Faut croire qu'il y a beaucoup de chocolat!» disait Le Kerkellen en se léchant les lèvres.
Ce fut un pied qui apparut dans l'ouverture: un énorme pied militaire, chaussé d'un effrayant brodequin hérissé de clous.
—«Quel drôle de chocolat!»