Un jour, le caporal Bigeois, Ratu, Fiquet, Roblin, Le Kerkellen et les autres poilus de l'escouade, étaient allés faire une patrouille en avant des tranchées de première ligne.—Selon son habitude, Ratu trottinait, tantôt à côté de l'un, tantôt à côté de l'autre: il suivait de l'œil le vol des mouches, et semblait humer avec plaisir l'odeur de l'air où déjà perçait un peu de printemps. Les soldats marchaient silencieusement, scrutant du regard le moindre pli de terrain, et sondant de leurs baïonnettes les creux du sol envahis de ronces, où quelque Allemand aurait pu se mettre en embuscade.
—«Il est temps de rentrer,» dit le caporal Bigeois.
—«Où est donc Ratu?» demanda Fiquet.
Pas de Ratu! On l'appelle, sans pourtant trop élever la voix, car on est à proximité des lignes ennemies: on s'attend à le voir surgir de derrière une motte de terre, ou bondir hors d'un trou d'obus:... Rien ne bouge. Pas de Ratu.
—«Bah! s'écrie Bigeois, voulant rassurer ses hommes dont le morne silence prouve l'inquiétude,—c'est l'heure de la soupe, Ratu nous a devancés vers la tranchée; nous allons le trouver attablé à sa gamelle.»
Pas plus de Ratu dans la tranchée que par les champs. Ce jour-là, la gamelle paraît bien amère, et les parties de cartes sont sans intérêt. On tend l'oreille à chaque instant, croyant toujours entendre de loin un petit miaulement bien connu, qui veut dire: «Me voilà!»—Mais Ratu ne revient pas!