Il voit passer tout là-bas des capotes bleues. Il part comme un trait. Il se frotte aux jambes des brancardiers, d'un air suppliant, en faisant ronron, en les poussant avec son petit front.
—«C'est Ratu!» dit un des soldats.
—«Qu'est-ce qu'il nous veut?.»
—«On dirait qu'il nous fait signe de le suivre!»
En effet, Ratu s'est remis à trottiner vers l'entonnoir où gît Fiquet. Il s'arrête de temps en temps, regarde les brancardiers, et se remet à marcher.
—«Sûrement, il nous conduit vers un bonhomme de son escouade, qui a besoin de nous.»
—«Suivons-le; ce n'est pas une bête que ce chat-là. Il sait bien ce qu'il veut dire.»
Les brancardiers achevèrent donc ce qu'avait commencé Ratu. Au poste de secours, patiemment, longuement, par la respiration artificielle, on regonfla, on ranima les poumons trop longtemps comprimés du petit Fiquet. Il revint à lui, et vit Ratu qui lui léchait la main, assis à côté de son brancard, mais cette main était inerte, insensible, morte. Fiquet avait le bras droit si massacré par une balle, qu'on l'évacua à l'arrière. Ratu, durant tout le voyage en chemin de fer, ne quitta pas sa place coutumière, dans la musette de son ami.