—Non ... partez sans moi.... Je ne suis pas ohé ... ohé.... Je vais me pieuter....

... Au Cinéma-Palace, nous assistons au pénultième épisode du «Masque aux dents blanches»; nous nous délassons à suivre l'abracadabrant scénario qui se déroule sur l'écran. De plus, Rigadin a toutes nos faveurs. Max ne nous déplaît pas et le Two Step de l'orchestre porte notre joie enfantine à son maximum.

... Bssi.... Bssi.... Poum.... Une fusée de signalisation! C'est une plaisanterie.... Un Boche en vue avec la neige?... on veut nous mystifier....

... Bssi.... Bssi.... Poum.... Le Boche a passé les lignes.... C'est invraisemblable!...

... Nous nous ruons vers la sortie. Dehors, les gens ont déjà le nez au ciel; la neige a cessé; quelques flocons dansent encore, attardés comme des pétales d'oranger dans l'air tiède.

Nous ne voyons pas l'ennemi, mais nous entendons les batteries spéciales.

—Au plateau ... vivement....

... Le capitaine, qui vient de nous rejoindre, prend lui-même le volant de la première voiture.

Nous traversons la ville à une allure de course; les habitants, qui se garent prudemment, nous contemplent un peu anxieux mais confiants; ils nous connaissent de longue date; ils savent nos raids, nos victoires et aussi nos pertes. Des femmes nous regardent; admiration, pitié, les deux certainement. Quelques-unes nous jettent des violettes, et leurs lèvres se tendent en frémissant un peu, comme pour une ultime caresse.

A travers les siècles, c'est la répétition de gestes de légendes: le baiser d'une Popée au gladiateur mourant, le sourire d'une châtelaine en hennin au vainqueur du tournoi, l'œillade d'une Carmen au toreador avant l'estocade.