Ma pensée s'envole vers Chignole.... Chignole ... tout mon espoir!...
En revenant de sa mystérieuse randonnée, aura-t-il le nez en l'air ou le nez en bas?
Son nez est, en effet, un véritable baromètre: il est doué d'une sorte d'élasticité, grâce à laquelle il traduit spontanément les sentiments multiples qui agitent son propriétaire.
Je l'ai vu, congestionné, raidi, splendide, inquiétant le ciel les jours de victoire, d'expéditions «dont on parlait», puis exsangue, mou, navrant, rasant terre, les jours de mauvais temps, de guigne....
Comment sera ton appendice expressif, lorsque tu vas revenir, mon vieux Chignole?... Pour m'étourdir, je travaille avec une hâte fébrile; couché sur le dos, afin d'accéder plus facilement à des écrous bizarrement placés, je ne vois que le ciel, un ciel de septembre, d'un bleu transparent et pâle, où quelques petits nuages blancs traînent, comme oubliés....
... Et le soir vient peu à peu; les meules quittent leur capuchon doré pour une mante grise; une brume violette monte et s'enroule aux troncs lisses des pins comme une fumée d'encensoir aux colonnes des églises, et les grillons redisent dans l'herbe emperlée de rosée l'éternelle chanson des soirs d'été.
—Ça ne va donc pas l'appétit, Monsieur l'aviateur?...
Je dîne, mais mon gosier, serré par une invisible main, ne laisse passer que difficilement la nourriture....
—Cependant on raconte que le travail ça creuse.... Pour ce qui est de travailler, on peut dire que vous ne vous êtes pas amusé.... Il est réparé maintenant, votre aéro?...
—Oui ... oui....