Les gosses de Poulbot sont bien sages dans leur cadre, et le Pierrot de Villette poursuit toujours son impossible rêve.
Bonjour mon logis ... je te retrouve.... Chut.... Ça n'est que moi ... ne te dérange pas. Tu me reconnais?... J'ai changé ... oui ...; toi ... pas. Tu es tel que je t'ai laissé. Je te reviens de loin, pas longtemps ... jusqu'à ce soir.... Je veux te respirer un peu.... J'ai besoin de rééprouver la caresse des choses....
Tu es le passé, mon passé calme d'avant-guerre, l'un des derniers témoins des minutes heureuses d'autrefois, car tu sais, mon logis, tu as perdu des amis dans la tourmente: beaucoup d'entre eux ne reviendront jamais.
Mais il en est que tu as conservés jalousement dans la bibliothèque; ceux-là sont immortels. Je suis certain de leur accueil.
Quand je m'absorbais dans leur contemplation, m'efforçant de les comprendre, je croyais que c'étaient eux qui me comprenaient.
Bonjour Bataille!... Tu vas me reparler du «Beau Voyage» et de «La Chambre Blanche», et toi Michelet quels vont être les premiers mots que je vais trouver au cœur de ton livre pour me souhaiter la bienvenue: «Vous êtes payés, héros, qui, en mourant, en donnant à la Patrie, tous vos rêves, aviez dit: dans l'avenir, les vierges en pleureront.»
... Et puis, voici mes pinceaux, ma palette, une ébauche. Je veux essayer de la parfaire, mais c'est déjà la fin du jour, et la lumière pourrait chasser les fantômes chéris que je devine dans les coins d'ombre.
... Le divan aux coussins affaissés semble encore garder l'empreinte d'un corps. J'y serai bien pour attendre l'heure de mon départ; je veux une fois de plus goûter au poison merveilleux des souvenirs évoqués malgré soi, parce qu'on est seul et qu'il fait nuit.
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Dans une taverne des Boulevards, Chignole boit à petits coups une fine, mise par le garçon dans une tasse «pour que ça n'ait pas l'air d'en avoir l'air». Il aspire béatement la fumée d'un cigare imposant, et la projette au plafond en cercles capricieux dont le dessin l'intéresse.