—Un scandale!... Ah! elle est bonne celle-là!... C'est peut-être moi qui a commencé?... Faudrait écouter vos bêtises et dire Amen.... Faudrait digérer votre sale cuisine sans avoir des aigreurs!... Non, mais, vous me prenez pour un embusqué et non pour un poilu?

—Oh! un aviateur!...

—Eh bien! les aviateurs ne sont peut-être pas des poilus!... Ils se font démolir comme les autres.... Dans la boue ou dans le ciel, dans le noir ou dans le bleu, taupe ou oiseau, tous, on en est. Les poilus sont fatigués que vous dites, et vous avez l'air de vous apitoyer sur notre sort.... Allons donc ... c'est vous que vous plaignez ... c'est pour vos santés que vous craignez!... Ah! là là!... Vous mouillez parce que vous ne pourrez plus siroter votre apéro, voir des cochonneries aux beuglants, et vos petits estomacs ont peur de la carte de viande.... Autrement dit, vous avez, les foies.... Nous, on a la foi, on a confiance....

»Evidemment, je ne suis ni Pétain, Mangin ou Nivelle ... mais je suis sûr qu'ils vous parleraient comme moi ... bande de «jamais contents».

»Hier, vous criiez après le gouvernement: «Marchez ... marchez, prenez des mesures, aujourd'hui qu'il vous obéit, vous avez la frousse que Poléon descende de sa Colonne!»

... La foule prend goût à la harangue de Chignole; les cheveux en bataille, le nez agressif et les poings tendus, il continue:

—Oui, on a confiance. On sent qu'on se bat pour quelque chose de grand qui vous dépasse, et qu'après on pourra goûter tranquillement tout ce qu'il y a de bon dans ce monde, la liberté, la lumière.... On se cogne pour que notre Marianne ne subisse pas leur kaiser, et Marianne, c'est une môme comme il n'y en a pas trente-six!

... Les deux adversaires de Chignole sont très ennuyés d'être là, d'autant que le public commence à gronder et paraît animé de dispositions belliqueuses.

—Pour finir, je dirai un mot, un seul, aux coliquards de l'arrière: «La ferme!...» Voilà....

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