— Ote-la, que nous voyions tes cheveux.
Elle obéit sans hésiter ; les cheveux déferlèrent sur ses épaules et sur sa poitrine en vagues cendrées. Le prince échangea un regard avec Osterrek. Mais il n’eut garde d’effaroucher la jeune fille et s’abstint de toute remarque sur la beauté de cette parure vivante qu’elle rajustait à la hâte.
— Vous porterez ici la coiffure et le costume habituels des infirmières, lui dit-il. Cela ressemble beaucoup à celui des religieuses. Maintenant, je suis un peu las, j’ai besoin de silence et de repos. Voulez-vous suivre le comte Osterrek ? Il s’occupera de tout. Au revoir, mon enfant.
Il s’étendit sur le dos et ferma les yeux. Sa figure parut exténuée. Le comte dit à Madeleine :
— Venez avec moi, mademoiselle.
Tous deux quittèrent la chambre. Madeleine, ayant renoué ses cheveux blonds, avait glissé sa coiffe dans son petit sac de moleskine.
XII
Il y a un secret pour s’accommoder de tous les régimes de vie, c’est de ne pas chercher dans la vie son propre bonheur. Les âmes éprises de sainteté ont même un certain goût pour ces ballottements du hasard. Dans un ordre religieux très célèbre, à la fois enseignant et prêcheur, le plus brillant professeur de rhétorique se mue, sur un ordre du recteur, en surveillant des cuisines. Bonne occasion pour lui d’inventorier à nouveau son cœur. S’est-il trop attaché à la littérature profane, cette littérature dont le psalmiste dit : « Parce que je ne l’ai pas connue, j’entrerai dans les puissances du Seigneur ! » Ou bien reste-t-il en lui des traces de vanité, au point qu’une besogne modeste le rebute ? L’épreuve n’est jamais inutile ; elle vaut une solide retrempe aux tempéraments ascétiques.
Elle ne vaut pas moins pour doser le courage et l’humilité, quand le changement se fait en sens inverse, du plus bas au plus haut : le cas de Madeleine.