Les veux gris-poussière dardaient un regard si libre, si direct que le ferment railleur se stérilisait dans l’âme de Paul. Une puissante inquiétude, qu’il essayait en vain de réprimer, faisait cligner ses paupières. Et c’était avec une curiosité un peu angoissée qu’il continuait d’interroger :

— Mais comment vous imaginez-vous… toi, par exemple, comment t’imagines-tu ce que tu appelles : me sauver ?

— Comme pour nous tous. Comme pour toutes les créatures. Bien des pécheurs, avant vous, se sont convertis.

— J’entends bien. Mais, me convertir, qu’est-ce que cela signifie ? Dans ma religion ou dans la tienne ?

La jeune fille méditait un moment, puis répondait :

— Il n’y a pas deux vérités.

Paul s’irritait :

— Voyons ! ne dis pas de niaiseries… Tu crois qu’il y a un bon Dieu catholique et un bon Dieu orthodoxe ? Que tous ceux qui adorent le second sont damnés, et que ceux qui obéissent au premier vont en Paradis ?… C’est absurde !

— Je sais que je suis dans la vérité.

— Tu m’énerves… Fiche le camp !