Elle se levait aussitôt, et, sans un geste d’impatience, se dirigeait vers la porte. Alors le prince ressentait pour elle, si différente de toutes les femmes qu’il avait connues, un singulier mouvement de tendresse. Avant qu’elle eût passé le seuil, il la rappelait.

— Madeleine !

Et quand elle était revenue debout à son chevet :

— Rassieds-toi. Ne parlons plus de toutes ces sottises. Je ne veux pas te faire de peine. Raconte-moi comment tu t’es échappée de la ferme et comment tu es entrée au couvent. C’est une jolie histoire, et le docteur l’a interrompue l’autre jour.

Elle obéissait. En l’écoutant, le prince regardait sécher au bord de ces yeux, non sans une trouble volupté, des larmes qui avaient commencé de jaillir.

« Bizarre petit être ! songeait-il. Ni sotte, d’ailleurs, ni compliquée. Mais, à force de simplicité et de naturel, impénétrable… Pourtant, la voilà ! elle s’est échappée de son couvent pour moi ; elle dépense toute sa force à me soigner. Si elle n’avait pas l’air incapable d’aimer un homme, je penserais qu’elle m’aime. »

Sur ce point encore, — la raison de sa présence auprès de lui, — il la piquait de questions. Mais il sentait parfois, alors, qu’il s’égratignait à la pointe de ses banderilles :

— Tu es venue ici, et je t’en remercie, pour suppléer l’absence de Stéphanie. Est-ce une décision que tu as prise toute seule, sans consulter personne ?

— Oui, toute seule.

— Ç’a été… une impulsion ? Une sorte de suggestion intérieure ?