— Oui… C’est cela : une congestion passive. Enfin sa vie même peut malheureusement tomber en péril tout d’un coup. Et vous craignez… On craint dans sa famille… Voulez-vous avoir l’obligeance de répéter à la comtesse d’Armatt ce que vous craignez ?

— La famille royale, répliqua Osterrek avec un peu d’impatience, craint que la jeune fille, venue auprès de lui de votre maison et qui a pris sur lui un grand ascendant, ne l’accapare tout à fait.

En disant ces mots, qu’il avait nuancés davantage dans son exposé préliminaire, il regarda Stéphanie. Elle continua de montrer une complète indifférence.

« Jamais je ne la déciderai à venir, pensa-t-il. Le couvent a réussi là un beau travail de dessiccation !… »

Il reprit tout haut :

— Moralement, le prince a beaucoup changé. La souffrance… l’isolement… l’influence patiente et énergique de cette jeune fille, qui n’est pas une personne vulgaire, loin de là… Tout un côté de sa nature, le côté ironique et… comment dire cela ?… scandaleux… est entré dans l’ombre.

Il s’aperçut que Stéphanie devenait attentive. Aussitôt il se tut. Et ce fut la Supérieure qui dut ranimer l’entretien, avec sa rondeur familière, où perçait un peu d’affectation.

— Voilà, ma chère fille, dit-elle à Stéphanie. Vous connaissez maintenant la difficulté. Si vous croyez pouvoir la résoudre, le Père spirituel et moi vous autorisons à partir. Mais, bien entendu, vous êtes libre.

Stéphanie ne réfléchit qu’un instant :

— Puisque l’on me laisse libre, ma Mère, je refuse.