— Elle a obtenu de sa direction spirituelle la licence, qui lui avait été d’abord refusée, de se rendre auprès (il buta contre la formule : de Votre Altesse, et finit par dire)… auprès de vous. Mais elle ne s’impose pas à vous. Elle m’a seulement chargé de vous dire « qu’elle souhaite voir Son Altesse et qu’elle est à sa disposition… »

— Dieu ! que tu t’exprimes bien ! ironisa le prince. On croirait entendre son confesseur, sa « direction spirituelle », comme tu dis.

Et, se tournant vers Madeleine :

— Tu n’étais pas au courant, toi ? Non, tu es trop vraie, trop nature. Sais-tu, petite ? Nous avons eu bien tort de ne pas nous échapper d’ici, ensemble, pendant que personne ne nous espionnait.

Madeleine, visiblement mal à l’aise, ne répondit même pas d’un mot, ni d’un geste. Son instinct avait perçu dans le ton de cette dernière réplique un fléchissement de la colère du prince.

— Je ne vois pas très bien, reprit le malade, ce que nous avons à nous dire, la comtesse et moi ?

Osterrek — lui, par le long usage qu’il avait de son maître — n’avait pas été moins perspicace que Madeleine. Et il comprit aussi que la question du prince voulait, suggérait une certaine réponse.

— Votre Altesse, dit-il en assurant sa voix, ne doit craindre aucune importunité. Bien entendu, si elle exprime le vœu que la comtesse Stéphanie demeure ici plus ou moins longtemps, la comtesse y consentira… Mais je sais pertinemment que son désir est de retourner le plus vite possible au couvent.

Paul, tout en écoutant, observait de nouveau Madeleine et guettait, au bord de ses yeux, les larmes retenues par un violent effort. Pour la contraindre à l’aveu tacite de son trouble et constater qu’elle ne pouvait même pas parler, il lui demanda :

— Qu’est-ce que tu penses de tout ça, toi ?